L’autre scénario. Chapitre 8 : Le zéro ou le renouveau

22 juin 2020

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Ils sont rich­es d’un grand héritage, mais ils ont le sen­ti­ment de le per­dre. Ils ont soumis une par­tie du monde, mais tout se passe comme si le monde les dom­i­nait. Ils ont con­nu la grandeur, mais ils ne savent plus quel est leur avenir. On cherche à les abaiss­er, mais ils ont encore de la fierté. On les cul­pa­bilise pour ce qu’ils ont été, mais, s’ils ne dis­ent rien, ils n’en pensent pas moins. On veut que leurs idées soient cor­rectes, mais, s’ils se con­for­ment, c’est sans con­vic­tion. Ils ont été prospères, mais ils ont le sen­ti­ment de s’ap­pau­vrir. Beau­coup d’en­tre eux essayent de tout obtenir sans rien don­ner, mais, si on le leur demandait, cer­tains don­neraient beau­coup sans rien exiger. Sou­vent ils protes­tent et revendiquent, mais ils peu­vent créer et bâtir. Ils se mon­trent moros­es, fréquem­ment pas­sifs, par­fois dés­abusés, mais ils sont capa­bles d’en­t­hou­si­asme et prêts à renouer avec le suc­cès. Ils tolèrent encore ceux qui les diri­gent, mais bien­tôt ils ne les lais­seront plus diriger. On les dit sur le déclin, mais ils n’ont pas dit leur dernier mot.

Ce sont les Français, ils con­stituent un grand peu­ple qui a tra­ver­sé l’his­toire et pesé dans le monde. Un peu­ple bril­lant, inven­tif, courageux et entre­prenant qui se trou­ve aujour­d’hui à la croisée des chemins. Ou il s’en­fonce dans un déclin que d’au­cuns dis­ent inéluctable, ou il devient le théâtre d’un renou­veau comme il en a déjà con­nu au cours de son his­toire.

Pour cer­tains, gag­nés par le pes­simisme et la dés­espérance, la ques­tion est tranchée : la France a son avenir der­rière elle. N’est-elle pas dans une sit­u­a­tion en tout point cri­tique ? La crois­sance est en berne, le chô­mage est tou­jours mas­sif, la dette publique atteint des records. Le com­merce extérieur retombe dans le rouge. Le bud­get de l’É­tat et celui de la sécu­rité sociale accusent un lourd déficit. Les prélève­ments, les règle­ments et la bureau­cratie pèsent d’un poids écras­ant qui paral­yse toutes les ini­tia­tives tan­dis que les sys­tèmes d’aide sociale, tou­jours plus inef­fi­caces et coû­teux, créent un esprit d’as­sis­tance, de pas­siv­ité et d’ir­re­spon­s­abil­ité peu prop­ice à une reprise de l’ac­tiv­ité et au retour de la prospérité.

Et, bien enten­du, toutes les graves dif­fi­cultés que ren­con­tre aujour­d’hui notre pays reten­tis­sent sur la vie quo­ti­di­enne des Français. Stag­na­tion du niveau de vie, pré­car­ité, chô­mage, quand ce n’est pas pau­vreté et mis­ère, beau­coup de nos com­pa­tri­otes souf­frent de ces maux que, naguère encore, on croy­ait en voie de dis­pari­tion. Les valeurs et les repères se sont estom­pés. Le crime, la délin­quance, la vio­lence et la drogue sont désor­mais mon­naie courante. L’is­lam s’in­stalle et se développe, mul­ti­pli­ant ses exi­gences et ses pres­sions. La mon­di­al­i­sa­tion con­tin­ue ses rav­ages, provo­quant délo­cal­i­sa­tions et désin­dus­tri­al­i­sa­tion. Quant à l’Eu­rope brux­el­loise, elle pour­suit inex­orable­ment son tra­vail de sape, pri­vant notre pays des moyens de se pro­téger et de réa­gir.

Mais alors, ne sommes-nous pas au début de la fin ? Notre peu­ple ne va-t-il pas se trou­ver sub­mergé par des vagues migra­toires qui vont le dis­soudre ? Notre État ne va-t-il pas être vidé de sa sub­stance par des insti­tu­tions européistes et mon­di­al­istes qui vont le détru­ire ? Notre civil­i­sa­tion ne va-t-elle pas se dis­soudre sous l’ef­fet con­jugué de l’au­tocul­pa­bil­i­sa­tion et de la perte des valeurs ?

Ces inter­ro­ga­tions sont désor­mais bien présentes dans l’e­sprit de nos com­pa­tri­otes comme j’en ai pris con­science avec un peu de sur­prise lors d’une récep­tion de mariage. Alors que j’in­ter­ro­geais les par­ents sur les pro­jets d’avenir des jeunes époux, je fus éton­né de m’en­ten­dre répon­dre : « Ils par­tent pour le Cana­da, notre gen­dre a trou­vé une très belle sit­u­a­tion à Van­cou­ver. Et j’e­spère qu’ils ne revien­dront jamais ! » En voy­ant mon air inter­loqué, le père, un indus­triel pour­tant solide­ment assis, ajou­ta : « Main­tenant, en France, tout peut bas­culer et je préfère que nos petits-enfants ne voient pas ça ! »

Je n’ai jamais su si mes hôtes fai­saient référence aux émeutes dans les cités qui peu­vent s’am­pli­fi­er et se mul­ti­pli­er, s’ils songeaient à la sit­u­a­tion économique et sociale qui pour­rait con­duire notre pays à la fail­lite ou s’ils expri­maient sim­ple­ment une perte totale de con­fi­ance dans l’avenir de notre nation. Mais, pour eux en tout cas, comme pour beau­coup de nos com­pa­tri­otes, la ques­tion se pose : la France, bien qu’elle cherche encore à faire bonne fig­ure, n’est-elle plus aujour­d’hui qu’un petit pays en plein déclin bal­lot­té par des forces qui la dépassent et qu’elle ne peut que subir ?

Per­son­nelle­ment, je ne veux pas le croire. Je pense qu’il n’y a aucune fatal­ité et que l’his­toire n’est pas écrite. Ma con­vic­tion est même que notre nation pos­sède tou­jours un avenir et qu’elle peut con­naître à nou­veau une péri­ode faste. Et, en l’af­fir­mant, je ne crois pas per­dre le sens des réal­ités ni céder à un opti­misme de con­ve­nance.

Mon opti­misme vient de la nature même du proces­sus délétère dont notre nation est actuelle­ment la vic­time. Car, si tous les maux qui l’as­sail­lent résul­taient de forces extérieures s’im­posant à nous sans que nous puis­sions nous y oppos­er, si les Français étaient comme asservis par une puis­sance supérieure, notre nation en effet ne pour­rait que suc­comber. Mais tel n’est pas le cas. Les fléaux qui acca­blent la France sont pour l’essen­tiel le pro­duit d’une idéolo­gie patiem­ment mise en œuvre par l’oli­garchie qui nous gou­verne. Les maux dont nous souf­frons ne sont que les fruits vénéneux de la pen­sée unique et les résul­tats désas­treux de la poli­tique menée par le sys­tème.

Si la France se porte mal, c’est parce que, depuis des années, on la soumet aux pré­ceptes du mon­di­al­isme et du social­isme, parce qu’on veut à tout prix nivel­er une société qui ne peut l’être, inté­gr­er des pop­u­la­tions inin­té­grables, con­stru­ire une Europe qui n’a rien d’eu­ropéen et s’ou­vrir sans réserve à une mon­di­al­i­sa­tion qui n’a rien de béné­fique. Notre nation souf­fre donc de l’ac­tion et des idées néfastes de ceux qui la diri­gent.

Dès lors, il n’y a pas de fatal­ité. Si les respon­s­ables des trou­bles que nous subis­sons per­dent leur pou­voir et leur idéolo­gie son influ­ence, tout rede­vient pos­si­ble. Car ce qui a été réal­isé ou, plutôt, détru­it par cer­tains, peut être cor­rigé et recon­stru­it par d’autres. Mal­gré la puis­sance de l’oli­garchie au pou­voir, le développe­ment d’un tel proces­sus de renou­veau appa­raît main­tenant prob­a­ble. La grav­ité des prob­lèmes que con­naît aujour­d’hui la France a en effet totale­ment dis­crédité la classe dirigeante qui se trou­ve mise en cause à la fois dans ses idées et dans ses hommes.

Sur le ter­rain idéologique, nous les avons exam­inées, qua­tre idées fon­da­men­tales struc­turent la pen­sée unique : « l’ex­clu­sion est le mal absolu », « l’in­té­gra­tion ça marche », « la mon­di­al­i­sa­tion est béné­fique » et « l’Eu­rope de Brux­elles est notre avenir. » Tout tourne autour de ces pos­tu­lats. Tout en découle, tout y con­court. Tous les par­tis insti­tu­tion­nels y adhèrent, tous les médias les défend­ent, toutes les actions offi­cielles doivent s’en inspir­er et aucune élec­tion ne doit les remet­tre en ques­tion. Or, nous le savons, il s’ag­it d’idées fauss­es.

La pen­sée unique est donc fondée sur des principes erronés qui ne tien­nent pas face aux réal­ités. L’éd­i­fice poli­tique et intel­lectuel qu’a con­stru­it le sys­tème repose sur du sable et se révèle d’une grande fragilité. Le poli­tique­ment cor­rect est donc vul­nérable et sa vul­néra­bil­ité aug­mente à mesure que les Français décou­vrent l’im­pos­ture des idées qu’il véhicule.

L’im­mi­gra­tion ne devait pas être un prob­lème car l’in­té­gra­tion allait fonc­tion­ner, mais les ban­lieues s’embrasent et l’is­lam mon­tre tous les jours qu’avec lui, la société se com­mu­nau­tarise. La mon­di­al­i­sa­tion devait être béné­fique, mais les délo­cal­i­sa­tions, la pré­car­ité et le chô­mage prou­vent qu’elle est por­teuse de ter­ri­bles épreuves. L’Eu­rope brux­el­loise devait être notre avenir, mais la volon­té de faire entr­er la Turquie dans l’U­nion mon­tre que cette entre­prise n’a rien d’eu­ropéen. Les idées phares de l’in­tel­li­gentsia s’en trou­vent bien obscur­cies.

Quant à la classe dirigeante, elle ne peut plus dis­simuler sa déliques­cence. Nous l’avons vu, les hommes poli­tiques qui sont cen­sés agir au ser­vice du peu­ple et de la nation n’ont plus de réel pou­voir. L’in­tel­li­gentsia a per­du toute légitim­ité. Large­ment ani­mée par la gauche et les soix­ante-huitards, elle est con­fron­tée à son échec et n’a plus rien à pro­pos­er. La sit­u­a­tion s’est par ailleurs telle­ment dégradée que ce sont main­tenant les médias qui exer­cent le plus grand pou­voir. Et, en leur sein, au som­met de cette absurde pyra­mide, les plus puis­sants sont les saltim­ban­ques : les Ardis­son, les Cauet, les Ruquier, les Fogiel. Et, en forme de som­met posthume, en suprême sym­bole : le Zéro.

Les bateleurs don­nent le ton aux médias, ceux-ci enca­drent l’in­tel­li­gentsia et celle-ci dicte leur con­duite aux poli­tiques. En car­i­cat­u­rant, je dirais que la France est aujour­d’hui dirigée par une poignée d’a­museurs publics : le fou du roi est mon­té sur le trône et con­tin­ue de faire le pitre.

Le sys­tème qui gou­verne la France depuis des décen­nies et qui est à l’o­rig­ine de tous ses maux se trou­ve donc main­tenant frap­pé de dis­crédit et approche de sa fin. Les idées qui ont provo­qué le déclin sont elles-mêmes en déclin. La classe dirigeante qui est respon­s­able de la crise est elle-même en crise. Dès lors, tout peut chang­er.

Encore faut-il, bien sûr, que les Français en man­i­fes­tent la volon­té. Dans les cir­con­stances présentes, avec les ter­ri­bles hand­i­caps qui sont les siens, la France ne con­tin­uera pas d’ex­is­ter par le seul fait d’avoir été et d’être encore. En ces temps dif­fi­ciles, une nation comme la nôtre ne peut avoir un avenir que si elle décide de réa­gir. Et je suis con­va­in­cu que cette réac­tion salu­taire peut main­tenant venir.

Notre pays peut con­naître, dans les quelques années qui vien­nent, un véri­ta­ble sur­saut. La France pos­sède une longue his­toire et a déjà tra­ver­sé plusieurs péri­odes dif­fi­ciles au cours desquelles son avenir parais­sait com­pro­mis. Or, en cha­cune de ces funestes occa­sions, elle a tou­jours trou­vé en elle-même les ressources pour se res­saisir, faire face et tri­om­pher de ses épreuves. Que ce soit lors de la guerre de Cent Ans, après celle de Trente Ans, en 1793, en 1870 ou en 1940, chaque fois notre pays sem­blait sur le point de suc­comber et, chaque fois, il a réa­gi et a pu repren­dre sa marche en avant. Aujour­d’hui, il est vrai, la sit­u­a­tion paraît moins trag­ique, et, en ce sens, moins prop­ice au sur­saut, mais, là encore, l’his­toire nous enseigne que notre peu­ple peut rester assoupi pen­dant une longue péri­ode et soudain se réveiller et agir avec une grande vigueur.

Or, si elle le décide, la France a devant elle une voie qui lui per­me­t­tra d’as­sur­er son redresse­ment et de retrou­ver un avenir de grande nation. Il suf­fit qu’elle la recon­naisse et qu’elle s’y engage avec assur­ance en rompant avec les idées fauss­es qui l’é­gar­ent actuelle­ment. Et, pour ce faire, il n’est pas souhaitable de sub­stituer au sys­tème mori­bond de la pen­sée unique un autre sché­ma fait de dogmes et de vérités toutes faites. Je suis pour ma part con­va­in­cu qu’il faut rem­plac­er le poli­tique­ment cor­rect non par une autre idéolo­gie mais par une stratégie au ser­vice de la France. Le moment est venu pour les stratèges de pren­dre le pas sur les idéo­logues.

Il faut en effet libér­er les Français des idées abstraites et des incan­ta­tions. Il faut leur pro­pos­er un pro­jet con­cret et ambitieux à réalis­er dans la durée de façon prag­ma­tique et volon­taire. Leur offrir des per­spec­tives : notre pays doit main­tenant exprimer une vision et con­stru­ire une nou­velle excep­tion française. Il lui faut pour cela val­oris­er ses atouts, min­imiser ses hand­i­caps, se dot­er d’ob­jec­tifs, réu­nir les moyens néces­saires pour les attein­dre et main­tenir le cap quoi qu’il arrive. C’est portée, guidée et mobil­isée par une stratégie d’en­ver­gure que notre nation pour­ra à nou­veau incar­n­er pour son peu­ple et pour les autres un mod­èle et un avenir.

Chaque fois que, dans son his­toire, elle a renoué avec le suc­cès, la France se trou­vait, con­sciem­ment ou non, por­teuse d’une vision. Que ce soit pen­dant le règne de Louis XIV, sous l’Em­pire, sous la IIIe République ou dans les années soix­ante, notre pays incar­nait pour le reste du monde une idée, un pro­jet, pour lesquels il mobil­i­sait toute son énergie et qu’il réal­i­sait dans la durée.

Aujour­d’hui, il n’y a rien de tel et la France n’a plus aucune stratégie ni aucun objec­tif con­cret de grande ampleur. Certes, pour en tenir lieu, nos dirigeants dis­til­lent un dis­cours plein de bonnes inten­tions et de pro­pos moral­isa­teurs et van­tent un mod­èle, celui des droits de l’homme. Mais pareille pos­ture ne débouche sur rien car il y a fort longtemps que notre nation a mis en œuvre ces droits et ce n’est donc pas dans ce domaine qu’elle pour­rait accom­plir de nou­veaux pro­grès sig­ni­fi­cat­ifs. Quant au reste du monde, il est totale­ment vain de vouloir y répan­dre ces principes si l’on ne dis­pose d’au­cune puis­sance poli­tique. La France, dans ce reg­istre, ne peut que con­cur­rencer les organ­i­sa­tions car­i­ta­tives. Or, ce n’est évidem­ment pas en la trans­for­mant en ONG qu’on ren­dra un avenir à notre nation.

En réal­ité, la classe poli­tique n’a aucune stratégie, aucun pro­jet à pro­pos­er aux Français et, cha­cun peut hélas le con­stater, la France se laisse porter par les événe­ments. Com­ment d’ailleurs pour­rait-il en être autrement ? Si l’on cherche, au-delà des habil­lages moral­isa­teurs et des men­songes politi­ciens, à dis­cern­er le fil directeur du mes­sage de la classe poli­tique, on s’aperçoit qu’il tient en un mot : adap­ta­tion. La France doit s’adapter à la mon­di­al­i­sa­tion, à l’Eu­rope, à ses élar­gisse­ments suc­ces­sifs, elle doit s’adapter à l’ou­ver­ture des fron­tières, à la con­cur­rence inter­na­tionale ain­si qu’à la libéral­i­sa­tion des échanges, elle doit s’adapter à l’im­mi­gra­tion, à l’is­lam et aux cul­tures étrangères.

Bref, la France, nous explique-t-on, doit s’adapter à tout ce qui lui arrive sans avoir la pos­si­bil­ité d’opér­er le moin­dre choix et de tranch­er entre telle ou telle option. Pas ques­tion pour elle de con­stru­ire une alter­na­tive ou de ten­ter quoi que ce soit pour réguler ou maîtris­er ce qui survient ! D’ailleurs, ne vit-elle pas dans le court terme per­ma­nent ? Ses dirigeants n’ont-ils pas tou­jours en tête la prochaine élec­tion, laque­lle a générale­ment lieu dans l’an­née qui vient ? Aus­si notre pays est-il devenu le jou­et de la trans­for­ma­tion du monde. Il subit pas­sive­ment et douloureuse­ment ses évo­lu­tions, encaisse les coups, et ne développe aucun plan pour les par­er et repren­dre l’ini­tia­tive.

Pour­tant, au milieu du siè­cle dernier, la France s’é­tait pourvue d’un tel instru­ment de mobil­i­sa­tion et d’ac­tion des­tiné alors à lui per­me­t­tre de sur­mon­ter les épreuves de l’après-guerre. On peut aujour­d’hui la cri­ti­quer, mais c’est grâce à la stratégie alors mise en œuvre que la France, vain­cue en 1940, a réus­si, dans les années cinquante et surtout dans les années soix­ante soix­ante-dix, à revenir au pre­mier plan de la scène mon­di­ale.

Portée par une volon­té de grandeur et de renou­veau, elle s’é­tait dotée d’un État fort et d’in­sti­tu­tions poli­tiques sta­bles. Elle avait fait le choix de l’é­conomie mixte, alliant la force de régu­la­tion et de mobil­i­sa­tion de la puis­sance publique au dynamisme du marché. Ce fut une poli­tique de mod­erni­sa­tion à marche for­cée, avec la con­struc­tion mas­sive de loge­ments mod­ernes, l’équipement du pays en grandes infra­struc­tures de trans­port et de télé­com­mu­ni­ca­tions. Ce fut aus­si, dans les secteurs de haute tech­nolo­gie, le lance­ment, sous la houlette de l’É­tat, de pro­grammes ambitieux comme les cen­trales nucléaires, le TGV ou Ari­ane. Et, pour le reste, ce fut la crois­sance économique, une crois­sance régulée par l’É­tat, stim­ulée par la demande intérieure, le pro­grès tech­nique et les effets, alors posi­tifs, du Marché com­mun à six.

Dans le domaine inter­na­tion­al, la France avait fait le choix de l’indépen­dance, cher­chant à se dégager de la tutelle des deux blocs et à tenir une posi­tion équili­brée entre le tiers monde et le monde dévelop­pé. Elle s’é­tait érigée en porte-parole des pays non alignés, se faisant le chantre du droit des peu­ples à dis­pos­er d’eux-mêmes. Enfin et surtout, elle était sor­tie de l’Otan, se dotant de l’arme nucléaire stratégique.

Ayant ain­si retrou­vé à la fois la prospérité et l’indépen­dance, la France pou­vait à nou­veau jouer un rôle majeur dans le con­cert des nations. Grâce à une stratégie claire et lucide, menée avec déter­mi­na­tion et per­sévérance, elle avait pu faire face aux défis de l’époque et tir­er le meilleur par­ti de la sit­u­a­tion inter­na­tionale. Jusqu’en 1968 et même jusqu’en 1974, voire 1981, notre pays a donc con­nu une péri­ode rel­a­tive­ment floris­sante, faite de pres­tige inter­na­tion­al et d’ex­pan­sion économique, une péri­ode que l’on a juste­ment appelée les Trente Glo­rieuses.

J’ai encore le sou­venir de ce que représen­tait pour moi la France à cette époque. En 1969, j’é­tais à Poly­tech­nique. Mai-68 venait de pass­er mais notre nation me parais­sait encore forte, digne de respect et de dévoue­ment. Lors des pris­es d’armes, quand je regar­dais flot­ter l’é­ten­dard de l’é­cole, la devise « Pour la patrie, les sci­ences et la gloire », qui y était brodée en let­tres d’or, n’é­tait pas vaine à mes yeux. Aujour­d’hui, je con­serve le même sen­ti­ment mais à la fierté se mêle une sorte de nos­tal­gie. Car, à l’év­i­dence, la France n’a plus la même force de ray­on­nement.

Pour­tant, j’en suis con­va­in­cu, il n’y aucune fatal­ité à cet abaisse­ment. Notre nation peut par­faite­ment, comme dans les années soix­ante, se dot­er d’une stratégie adap­tée et béné­fique. Une telle stratégie existe et con­stitue le seul recours pour sor­tir notre pays du déclin où il pour­rait s’en­fon­cer. Une stratégie qui pour­rait même offrir des per­spec­tives plus vastes que celles dont la France avait pu se dot­er dans les années soix­ante. À l’époque, en effet, la sit­u­a­tion inter­na­tionale était com­plète­ment figée par le partage de la planète en deux blocs. Demain, dans le monde mul­ti­po­laire qui se pré­pare, les pos­si­bil­ités de manœu­vre pour un pays comme la France seront beau­coup plus impor­tantes.

En ce début du vingt et unième siè­cle, notre nation peut donc se fix­er un objec­tif stratégique majeur, un but clair, grand, dif­fi­cile à attein­dre mais néan­moins réal­iste. Un pro­jet exal­tant qui mobilise l’én­ergie et l’en­t­hou­si­asme de tous mais qui puisse être réal­isé en un temps raisonnable.
Mon sen­ti­ment est que la France devrait se don­ner deux objec­tifs à attein­dre dans les quinze années qui vien­nent : faire de notre nation la pre­mière puis­sance en Europe et de l’Eu­rope la pre­mière puis­sance dans le monde. J’en suis sûr, mal­gré tous les hand­i­caps qui sont actuelle­ment les siens, de tels buts sont à la portée de notre pays. Un tel pro­jet, bien qu’au­da­cieux, peut être mené à bien par la France.

Pour ceux qui seraient scep­tiques, je rap­pelle que notre nation dis­pose encore d’atouts non nég­lige­ables. Dans le domaine économique, les Français pos­sè­dent un remar­quable savoir-faire. Nos ingénieurs, nos chercheurs et nos entre­pre­neurs, mais aus­si nos ouvri­ers et nos tech­ni­ciens sont capa­bles des plus belles prouess­es et la France, pourvu qu’elle le veuille, peut relever tous les défis tech­nologiques et indus­triels. La meilleure preuve en est l’ex­tra­or­di­naire capac­ité de l’é­conomie française à se main­tenir au meilleur niveau en dépit de toutes les con­traintes qu’on lui impose.

D’autre part, notre nation peut encore compter sur ce qu’elle a été et sur ce que les plus dynamiques des Français savent encore réalis­er. Même si ce poten­tiel s’érode année après année, elle pèse quand même d’un poids cer­tain dans la com­péti­tion inter­na­tionale. Mal­gré le marasme qui l’ac­ca­ble, n’oc­cupe-t-elle pas encore, avec un PIB de deux mille cent dix-huit mil­liards d’eu­ros, la six­ième place dans le monde ? N’est-elle pas le cinquième expor­ta­teur mon­di­al, le troisième pays nucléaire, le cinquième pour la recherche sci­en­tifique ?

Le peu­ple français, même s’il donne par­fois le sen­ti­ment d’être com­plète­ment anesthésié par le poli­tique­ment cor­rect, est, de tous les peu­ples européens, celui qui lui résiste le mieux. N’est-ce pas en France que la droite nationale a réal­isé ses scores les plus beaux et les plus durables ? N’est-ce pas notre pays qui s’op­pose le mieux à l’im­peri­um améri­cain ? N’est-ce pas notre nation qui a pris la tête du non à la con­sti­tu­tion européenne ? Notre peu­ple a encore du ressort. Au fond de lui-même, il a con­servé cette apti­tude à la résis­tance, ce goût de la lib­erté et cette aspi­ra­tion à la grandeur qui lui ont per­mis de tra­vers­er les siè­cles.

La France peut donc s’im­pos­er de nou­veau comme la pre­mière puis­sance en Europe. Et la stratégie que je pro­pose pour attein­dre cet objec­tif com­porte trois axes majeurs.

Il s’ag­it d’abord d’as­sur­er le renou­veau économique de la France. Et, pour cela, il faut rompre avec le social­isme qui a sclérosé notre société en bridant toutes les ini­tia­tives et com­mencer par ren­dre le max­i­mum de lib­erté à ceux qui tra­vail­lent, créent et innovent. Il faut favoris­er la recherche et l’en­tre­prise, recon­stru­ire l’en­seigne­ment et rétablir partout le principe de l’ex­cel­lence, de l’é­mu­la­tion et de la récom­pense selon le tra­vail et le tal­ent. Dans la guerre économique qui fait rage, toutes les ressources de notre pays doivent être mobil­isées pour assur­er la défense et la pro­mo­tion de notre indus­trie. L’idée est de faire de la France le pays le plus per­for­mant d’Eu­rope.

Le sec­ond axe stratégique est celui du retour à la cohé­sion nationale. Une cohé­sion aujour­d’hui men­acée d’é­clate­ment sous les coups de boutoir du com­mu­nau­tarisme, de la pré­car­ité économique et de la perte des repères. Pour per­me­t­tre à notre société de retrou­ver son unité, ses valeurs et son har­monie, il faut rétablir des normes sim­ples et sta­bles, enrac­inées dans nos tra­di­tions mais adap­tées à la réal­ité du monde d’au­jour­d’hui. L’im­mi­gra­tion doit être maîtrisée, l’is­lami­sa­tion pro­scrite, les fonde­ments de notre iden­tité mul­ti­sécu­laire réaf­fir­més. La sol­i­dar­ité nationale doit retrou­ver tout son sens et les familles toute leur place. La sécu­rité des biens et des per­son­nes doit être rétablie. L’idée est de con­cevoir un mod­èle de société durable qui fasse la syn­thèse entre la moder­nité et nos tra­di­tions, entre les exi­gences de notre iden­tité et les impérat­ifs de la mon­di­al­i­sa­tion, bref, un mod­èle qui puisse ren­dre à notre pays ses racines et ses ailes.

Encore faut-il que la France se dote des moyens de l’ac­tion et pour­suive à cette fin un troisième axe stratégique visant le retour du poli­tique. Il faut en effet ren­dre sa sou­veraineté au peu­ple français, restituer à ses représen­tants et à ses dirigeants la puis­sance qui leur est néces­saire pour agir et décider. L’équili­bre des pou­voirs doit aus­si être rétabli et l’exé­cu­tif retrou­ver toutes ses prérog­a­tives. Notre pays a besoin d’être pourvu à nou­veau d’un État fort. Non pas omnipo­tent et ten­tac­u­laire, mais apte à pro­téger les Français, à impos­er l’in­térêt général et à faire pré­val­oir le long terme. Un État capa­ble de faire de la France la pre­mière puis­sance en Europe.

Pour autant, notre nation ne peut se lim­iter à ce seul objec­tif, aus­si ambitieux soit-il. Car, que pèserait la France, même ren­for­cée, au sein d’une Europe mon­di­al­isée, dépen­dante et affaib­lie ? Notre pays doit donc assumer ses respon­s­abil­ités européennes et chercher à faire de l’Eu­rope une grande puis­sance, la pre­mière dans le monde.

À l’heure où l’on peut crain­dre un « choc des civil­i­sa­tions », notre nation ne peut espér­er s’af­firmer seule sur la scène mon­di­ale comme elle a pu le faire dans les siè­cles passés. La civil­i­sa­tion européenne con­stitue en effet aujour­d’hui un enjeu aus­si impor­tant que les nations elles-mêmes et la France se doit de pren­dre en compte cette nou­velle dimen­sion stratégique. Aus­si doit-elle faire le choix cap­i­tal et décisif d’une Europe européenne, indépen­dante et puis­sante. Une Europe respectueuse des nations qui la com­posent, s’érigeant en com­mu­nauté de civil­i­sa­tion et leur ren­dant la puis­sance qu’elles ont per­due cha­cune indi­vidu­elle­ment.

Pour cela, il nous faut tourn­er le dos aux pra­tiques brux­el­lois­es. L’U­nion doit cess­er de s’oc­cu­per de tout ce qui est acces­soire pour se con­sacr­er à tout ce qui peut assur­er la puis­sance de notre con­ti­nent. Et, pour attein­dre cet objec­tif, point n’est besoin de s’en­lis­er dans des débats insti­tu­tion­nels byzan­tins. La pri­or­ité doit aller aux ini­tia­tives con­crètes et la dynamique venir des nations.

Aus­si faut-il que la France prenne la déci­sion stratégique de porter ce pro­jet de nou­velle Europe, de s’en faire l’av­o­cat et de chercher à le met­tre en œuvre. Pour men­er à bien cette mis­sion, il faut qu’elle mul­ti­plie les ini­tia­tives con­crètes, au besoin en dehors des insti­tu­tions brux­el­lois­es et qu’elle con­stitue autour d’elle un noy­au de nations sus­cep-tibles de peser dans l’U­nion. L’idée est que la France devi­enne le moteur de la puis­sance européenne.

Je l’af­firme donc, tout demeure pos­si­ble. Notre nation comme notre civil­i­sa­tion ont encore un avenir et même, si elles le veu­lent, un avenir digne de leur passé.

Encore faut-il que les Français s’ou­vrent une voie et se dotent, comme ils ont su le faire en maintes occa­sions, d’une stratégie de redresse­ment. C’est à eux d’en décider : ou ils con­tin­u­ent de se laiss­er sub­juguer par les saltim­ban­ques qui nous con­duisent vers le néant, ou ils réagis­sent et redonnent un avenir à notre nation.

Il faut choisir : le zéro ou le renou­veau.

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