Les menaces du terrorisme en France et en Europe

3 septembre 2010

Temps de lecture : 11 minutes

Université d’été 2010, Saintes (17) – 03/09/10 – Discours de Roland Curtet – Thème : « Les Violences »

Déf­i­ni­tion du ter­ror­isme : à l’o­rig­ine, le mot a été employé sous la révo­lu­tion française, pour désign­er la poli­tique de ter­reur des années 1793–1794, après la chute de Robe­spierre. Il s’agis­sait alors d’une action de l’État.
Actuelle­ment, on désigne par là les actes de vio­lence exé­cutés par une organ­i­sa­tion poli­tique pour impres­sion­ner la pop­u­la­tion et créer un cli­mat d’in­sécu­rité. Il s’ag­it donc main­tenant d’ac­tions con­tre l’État. Sous cette forme, il s’ag­it d’un phénomène ancien : les zélotes juifs, par exem­ple, pra­ti­quaient l’as­sas­si­nat pro­gram­mé de Romains.

Rap­pel des prin­ci­paux atten­tats en France dans les vingt-cinq dernières années :

  • 7 décem­bre 1985 : deux explo­sions à Paris, suc­ces­sive­ment aux Galeries Lafayette et au print­emps Hauss­mann, faisant quar­ante-trois blessés au total. L’en­quête démon­tre la respon­s­abil­ité du Hezbol­lah.
  • 17-sep­tem­bre 1986 : une bombe explose rue de Rennes devant le mag­a­sin Tati, cau­sant 7 morts et 55 blessés. L’at­ten­tat est revendiqué par le CSPPA (Comité de sou­tien aux pris­on­niers poli­tiques arabes) et le PDL (par­ti­sans du droit et de la lib­erté).
  • 25 juil­let 1995 : vers 17h dans la gare du RER B Saint-Michel-Notre-dame, explo­sion d’une bon­bonne de gaz rem­plie de clous placée sous un siège. L’at­ten­tat, revendiqué par le GIA (groupe Islamique armé) algérien, cause 8 morts et 117 blessés. Deux poseurs de bombes ont été iden­ti­fiés grâce aux empreintes dig­i­tales : Khaled Kel­kal et Boualem Ben­saïd.
  • 3 décem­bre 1996 : dans une rame du RER B à Port-roy­al, explo­sion, à 18h05 d’une bouteille de gaz con­tenant des clous et des écrous. Bilan : 4 morts et 170 blessés. Atten­tat non com­plète­ment élu­cidé, mais prob­a­ble­ment en rela­tion avec le Front Islamique de Salut algérien, et à quelques jours d’un procès ter­ror­iste ouvert à Paris le 9 décem­bre.
  • 6 févri­er 1998 : assas­si­nat à Ajac­cio du préfet Claude Eri­gnac de trois balles dans la nuque. Ce sont les milieux nation­al­istes cors­es qui sont en cause.

Nous notons donc que, hormis le dernier cité, tous ces atten­tats sont imputa­bles aux milieux islamistes. Depuis le 3 décem­bre 1996, la France a été épargnée sur son ter­ri­toire. En revanche, les années récentes ont don­né lieu à des assas­si­nats et enlève­ments de ressor­tis­sants français à l’é­tranger : au Pak­istan, en Mau­ri­tanie, au Mali, en Algérie. Le dernier événe­ment de cette nature est la mort en juil­let de l’o­tage Michel Ger­maneau dans le désert malien, revendiquée par l’or­gan­i­sa­tion Al Qai­da au Maghreb Islamique.

D’autre part, la France a été l’ob­jet il n’y a pas très longtemps de men­aces d’Al Qaï­da : en jan­vi­er 2008, des men­aces pré­cis­es ont cir­culé sur Al Ekhlass, site inter­net util­isé par Al Qaï­da : elles visaient la Tour Eif­fel, les Champs-Élysées, l’aéro­port de Rois­sy, le quarti­er de La Défense. Ces attaques visaient à provo­quer la chute du prési­dent Sarkozy » et « un effon­drement économique de la France ».
A la fin juin 2009, Nico­las Sarkozy avait déclaré devant le con­grès de Ver­sailles que « la burqa n’é­tait pas la bien­v­enue dans la République française ». Ces pro­pos avaient sus­cité une réac­tion de l’AQ­MI (Al-Qaï­da au Maghreb islamique), dont le dirigeant Abou Moussab Abdoul Wadoud, avait déclaré : « Hier c’é­tait le hijab (foulard islamique) et aujourd-hui, c’est le niqab »,  « Nous nous vengerons de la France et de ses intérêts par tous les moyens à notre dis­po­si­tion, pour l’hon­neur de nos filles et de nos sœurs « .
Un mois plus tard, c’é­tait le numéro deux d’Al-Qaï­da, Ayman al-Zawahiri, qui fustigeait l’hos­til­ité de la France au port du hijab. Il déclarait : « La France pré­tend être un pays laïque alors que son cœur est plein de haine pour les musulmans…la France va pay­er pour tous ses crimes « .
Les men­aces étaient donc explicites.

Dans le reste de l’Eu­rope, les années 2000 ont été mar­quées par deux très graves atten­tats :

  • Celui de Madrid, le 11 mars 2004. Dix bombes explosent dans trois gares fer­rovi­aires et dans un train de ban­lieue. Le bilan est de 191 morts et 1700 blessés. Le gou­verne­ment espag­nol avait, dans un pre­mier temps, attribué ces atten­tats à l’E­TA, sans preuve. D’ailleurs l’E­TA a démen­ti son impli­ca­tion. Par la suite, c’est l’hy­pothèse islamiste qui s’est étof­fée, avec une pos­si­ble respon­s­abil­ité du réseau Al Qaï­da. Selon l’ex­pert espag­nol Fer­nan­do Reinares, ce sont prob­a­ble­ment de hauts respon­s­ables d’Al Qai­da qui ont com­man­dité cette action. On peut penser que c’est la poli­tique étrangère de l’Es­pagne qui devait être mise en cause, avec l’en­gage­ment dans la guerre d’I­rak.
  • Celui de Lon­dres, le 7 juil­let 2005 : qua­tre explo­sions ont touché les trans­ports publics (trois dans le métro, une dans un auto­bus à impéri­ale). Le bilan est de 56 morts et 700 blessés. Ces actions ont été revendiquées par un groupe affir­mant s’ap­pel­er l’Or­gan­i­sa­tion Al-Qaï­da pour le Jihad en Europe. Le dis­posi­tif de déclenche­ment des bombes était sophis­tiqué : dans les trois sta­tions de métro, les explo­sions ont été simul­tanées, celle du bus a eu lieu exacte­ment une heure après, ce qui aurait pu être du à un déréglage. Il ne s’agis­sait donc pas d’at­ten­tats-sui­cides. Un ancien patron de Scot­land Yard a jugé que les auteurs étaient presque cer­taine­ment nés au Roy­aume-Uni.

D’autre part, et tou­jours dans le domaine du ter­ror­isme islamiste, des pro­jets ont été déjoués durant l’été 2006 en Alle­magne, au Roy­aume-Uni et au Dane­mark. Des atten­tats ont échoué à Lon­dres et Glas­gow en 2007.

Par com­para­i­son avec ces atten­tats imputa­bles aux islamistes, les atten­tats liés aux reven­di­ca­tions région­al­istes sont de faible inten­sité :

En 2008, à Pam­pelune, sur le cam­pus de l’u­ni­ver­sité de Navarre, une voiture piégée a explosé, faisant dix-sept blessés légers. Cet atten­tat avait été précédé d’un appel anonyme passé au nom de l’E­TA. L’ETA, qui est inscrite sur la liste des organ­i­sa­tions ter­ror­istes de l’U­nion Européenne et des Etats-Unis, est tenue pour respon­s­able de la mort de 824 per­son­nes en 40 ans de vio­lences pour l’indépen­dance du Pays basque. En mars 2009, en Irlande du nord, un atten­tat de l’I­RA-véri­ta­ble, groupe dis­si­dent de l’Ar­mée répub­li­caine irlandaise, a coûté la vie à deux sol­dats bri­tan­niques. C’est l’in­ci­dent le plus grave sur­venu en plus de dix ans dans cette province. Des décen­nies de vio­lences entre catholiques et protes­tants ont fait 3 600 morts.

En ce qui con­cerne les men­aces islamistes, en octo­bre 2009, le site Mediarabe.info indi­quait que le groupe Al Qaï­da au Maghreb Islamique annonçait la créa­tion d’une « fil­iale de pro­duc­tion audio­vi­suelle », désor­mais seule habil­itée à dif­fuser ses com­mu­niqués. Sa dénom­i­na­tion, « Al Andalus » est un appel au jihad pour libér­er l’An­dalousie. Le com­mu­niqué affirme que « l’An­dalousie fut longtemps une terre islamique, et que sa libéra­tion est un devoir qui con­cerne en pre­mier lieu les musul­mans d’Afrique du Nord… ». La même source, mediarabe.info, indi­quait, à pro­pos de l’ar­resta­tion en Isère de deux frères d’o­rig­ine algéri­enne, soupçon­nés de liens avec Al Qaï­da au Maghreb Islamique, que se pose la ques­tion de la loy­auté des musul­mans en Europe à l’é­gard de leur pays d’adop­tion. On n’a pas vrai­ment l’im­pres­sion que les hommes poli­tiques au pou­voir en Europe ont regardé ce prob­lème en face…

Par­mi les événe­ments très récents, il faut not­er le lance­ment par Al Qaï­da, début juil­let, d’un mag­a­zine en ligne en anglais, dénom­mé Inspire. Son édi­to­r­i­al indique qu’il s’adresse aux « mil­lions de musul­mans dont la pre­mière ou la deux­ième langue est l’anglais, que ce soit en Occi­dent ou en Ori­ent, à l’ouest ou au sud de l’Afrique, au sud ou au sud-est de l’Asie, et ailleurs dans le monde ». Il abor­de tous les thèmes du dji­had, des dis­cours de Ben Laden à la fab­ri­ca­tion de bombes. Il serait des­tiné à recruter des élé­ments aux États-Unis et au Roy­aume-Uni.

État de la lutte anti-terroriste

Au niveau européen, la lutte con­tre le ter­ror­isme restait jusqu’au 11 sep­tem­bre 2001 dans la sphère exclu­sive de sou­veraineté nationale. Ensuite, à par­tir des som­mets européens de Laeken en 2001 et de Séville en 2002, une har­mon­i­sa­tion de la notion d’actes de ter­ror­isme et des peines planch­er cor­re­spon­dantes a été mise en place.

L’u­nité de coopéra­tion judi­ci­aire de l’U­nion européenne, EUROJUST, a été insti­tuée en 2002. Elle ren­force l’ef­fi­cac­ité de l’ac­tion des autorités nationales chargées de pour­suites en matière de crim­i­nal­ité organ­isée trans­frontal­ière, ce qui inclut le ter­ror­isme.

Depuis 2004, après les atten­tats de Madrid, l’U­nion européenne a mis en œuvre des poli­tiques de préven­tion et de pro­tec­tion.

Un « cen­tre de sit­u­a­tion con­joint de l’U­nion européenne », le SITCEN, a été créé en 2005 : il est en charge de l’élab­o­ra­tion d’une analyse com­mune de la men­ace.

Trois groupes de tra­vail sont chargés de la lutte con­tre le ter­ror­isme au sein de l’UE :

  • COTER, enceinte diplo­ma­tique, qui a voca­tion à traiter des ques­tions de ter­ror­isme en dehors des fron­tières de l’UE ;
  • le TWG (Ter­ror­ism Work­ing Group, qui s’oc­cupe des ques­tions spé­ci­fiques à la sécu­rité intérieure de l’U­nion ;
  • le groupe des experts chargés de l’étab­lisse­ment de la liste antiter­ror­iste européenne.

Des amélio­ra­tions ont été apportées à la coopéra­tion poli­cière et judi­ci­aire. La Fon­da­tion pour la Recherche Stratégique a lancé NEET, un réseau d’ex­perts européens en vue d’éla­bor­er un forum d’analyse et d’in­for­ma­tion sur Inter­net. A l’ini­tia­tive de cet organ­isme, et avec le sou­tien de la Délé­ga­tion aux affaires stratégiques du min­istère de la Défense français, un col­loque s’est tenu à Paris les 11 et 12 févri­er 2010, sur la men­ace ter­ror­iste et la lutte con­tre le ter­ror­isme. Il a réu­ni plus d’une trentaine de spé­cial­istes européens et les représen­tants de divers­es admin­is­tra­tions français­es, européennes et inter­na­tionales.
Tous les experts se sont accordés pour attribuer un rôle cen­tral à Al Qaï­da, même si ce réseau s’est affaib­li. Notons aus­si, comme l’indique le  » Livre blanc du gou­verne­ment français sur la sécu­rité intérieure face au ter­ror­isme « , pub­lié au print­emps 2006, qu’on pour­rait crain­dre une muta­tion dans les tech­niques, con­duisant au ter­ror­isme nucléaire, biologique ou chim­ique. Il sem­ble que la com­pli­ca­tion de la mise en œuvre de telles tech­niques nous en ait jusqu’i­ci pro­tégés.

L’of­fice européen de police, Europol, devenu agence de l’UE en 2010, dis­pose d’un nou­veau man­dat et de pou­voirs éten­dus pour lut­ter con­tre la crim­i­nal­ité inter­na­tionale grave et le ter­ror­isme.

En France, le dis­posi­tif de préven­tion et de répres­sion du ter­ror­isme a été amélioré à chaque vague d’at­ten­tats : le plan Vigipi­rate, créé en 1981, a été réac­tu­al­isé en 2006 ; il com­prend qua­tre niveaux, adap­tés à la grav­ité estimée des risques. Il y a eu les lois de 1986, 1996, et, peu après les atten­tats de Madrid et Lon­dres, la loi du 23 jan­vi­er 2006 rel­a­tive à la lutte con­tre le ter­ror­isme et por­tant dis­po­si­tions divers­es rel­a­tives à la sécu­rité et aux con­trôles frontal­iers. Elle per­met de gel­er, à titre nation­al, les avoirs des per­son­nes et entités qui com­met­tent, ou ten­tent de com­met­tre, des actes de ter­ror­isme.
Le « Livre Blanc du gou­verne­ment français sur la sécu­rité intérieure face au ter­ror­isme », déjà cité, recon­naît que « notre pays fait l’ob­jet d’at­taques de la part des inspi­ra­teurs du ter­ror­isme mon­di­al ». Il s’ag­it bien enten­du du ter­ror­isme islamique, comme la suite du texte le mon­tre. Les griefs qui nous sont faits sont basés sur « un passé présen­té comme par­ti­c­ulière­ment lourd (des croisades jusqu’à la coloni­sa­tion) ; notre présence sur des ter­res musul­manes (par exem­ple à Dji­bouti) ; notre sou­tien affir­mé aux régimes « apos­tats », spé­ciale­ment au Maghreb ; la laïc­ité affichée ; la pré­ten­tion à organ­is­er l’is­lam selon un mod­èle nation­al (avec la créa­tion en 2003 du con­seil français du culte musul­man) ; la déter­mi­na­tion des juges et des ser­vices français à neu­tralis­er préven­tive­ment les ter­ror­istes et leurs com­plices « . De plus se sont ajoutés la loi du 15 mars 2004 sur les signes religieux à l’é­cole, et la par­tic­i­pa­tion des forces français­es aux opéra­tions en Afghanistan.

Un cer­tain nom­bre de ser­vices nationaux sont impliqués dans la lutte con­tre le ter­ror­isme :

La DGSE (Direc­tion Générale de la Sécu­rité Extérieure) a été créée en 1982 en rem­place­ment du SDECE (Ser­vice de Doc­u­men­ta­tion Extérieure et de Con­tre-Espi­onnage). Elle se livre à un tra­vail de recueil et d’ex­ploita­tion des ren­seigne­ments afin de détecter et d’i­den­ti­fi­er les acteurs de la men­ace, de localis­er leurs struc­tures, de com­pren­dre leurs straté­gies et de déter­min­er leurs éventuels objec­tifs. Son action s’ex­erce dans le cadre de coopéra­tions avec les autres ser­vices nationaux chargés de la lutte con­tre le ter­ror­isme, et, le cas échéant, avec des parte­naires étrangers.

L’UCLAT (Unité de coor­di­na­tion de la lutte antiter­ror­iste), créée en 1984, est une des com­posantes du cab­i­net du directeur général de la police nationale. Elle est chargée « de coor­don­ner, ani­mer et ori­en­ter l’ac­tion des direc­tions et ser­vices act­ifs de police en matière de lutte con­tre le ter­ror­isme ».

TRACFIN, créé en 1990 (Traite­ment du Ren­seigne­ment et Action con­tre les cir­cuits Financiers clan­des­tins), cel­lule de ren­seigne­ment financier de l’E­tat français. Elle fait par­tie du min­istère de l’E­conomie, de l’In­dus­trie et de l’Em­ploi. Par­mi ses mis­sions fig­ure le recueil, le traite­ment et la dif­fu­sion aux autorités com­pé­tentes des ren­seigne­ments relat­ifs au finance­ment du ter­ror­isme.

Le BLAT (Bureau de lutte anti-ter­ror­iste) créé en 2003, est un ser­vice spé­cial­isé de la gen­darmerie, chargé d’analyser, d’éla­bor­er et de dif­fuser le ren­seigne­ment aux autorités con­cernées, ain­si que de coor­don­ner et d’animer l’ac­tion des unités dans la lutte anti-ter­ror­iste.

La DCRI (Direc­tion Cen­trale du Ren­seigne­ment Intérieur), créée le 1er juil­let 2008, est issue du rap­proche­ment de la direc­tion cen­trale des ren­seigne­ments généraux et de la direc­tion de la sur­veil­lance du ter­ri­toire. Elle est en mesure de détecter, sur­veiller et inter­peller les indi­vidus, groupes et organ­i­sa­tions sus­cep­ti­bles de se livr­er à des actes de ter­ror­isme ou d’at­teinte à la sûreté de l’E­tat. Ses struc­tures et son fonc­tion­nement sont cou­verts par le « Secret Défense ».

Le SGDSN (Secré­tari­at général de la défense et de la sécu­rité nationale), résulte de la trans­for­ma­tion, à la fin 2009, du SGDN (Secré­tari­at général de la Défense nationale). C’est un ser­vice du pre­mier min­istre en liai­son per­ma­nente avec la prési­dence de la République. Il assure, au prof­it du Prési­dent de la République, le secré­tari­at du Con­seil de défense et de sécu­rité nationale, dont l’une des mis­sions est la lutte con­tre le ter­ror­isme.
Le 30 juin 2009 ont eu lieu à l’Assem­blée Nationale, sous la prési­dence de Chris­t­ian Estrosi, les pre­mières ren­con­tres de la Sécu­rité Intérieure de Défense et Stratégie sur le thème : « quelle stratégie de sécu­rité intérieure pour lut­ter con­tre le ter­ror­isme ? »

A la fin 2009 a été mise en place la FIPN (Force d’in­ter­ven­tion de la police nationale), comp­tant cinq-cent-qua­tre-vingt-dix mem­bres, des­tinée à inter­venir en cas d’at­ten­tats ou de pris­es d’o­tages mul­ti­ples. A cette occa­sion, le min­istre de l’in­térieur, Brice Hort­e­feux, a évo­qué pour la France une men­ace ter­ror­iste « bien réelle et tou­jours préoc­cu­pante ».

Le 4 mai 2010, une sim­u­la­tion d’at­ten­tats, bap­tisée Omega 2010, a été réal­isée à Paris et en ban­lieue parisi­enne, avec pour but de tester les réac­tions des sapeurs-pom­piers, du Samu et de la police.
Ain­si donc, on ne peut pas dire qu’il manque, en France et en Europe, d’ac­tions ni d’or­gan­ismes pour lut­ter con­tre les men­aces de ter­ror­isme. C’est plutôt au niveau de l’é­tat d’e­sprit général des autorités qu’on peut s’in­quiéter, comme nous l’indi­querons.

Eval­u­a­tion du dis­posi­tif de pro­tec­tion français

L’ab­sence d’at­ten­tat mas­sif sur notre ter­ri­toire depuis 1996 lais­serait penser que notre sys­tème de pro­tec­tion est sat­is­faisant. Mais nos autorités font preuve d’un cer­tain aveu­gle­ment quant à la men­ace islamiste : si tous les musul­mans ne sont pas des ter­ror­istes, c’est bien de l’is­lam que se récla­ment les ter­ror­istes islamistes. D’ailleurs le Livre blanc, déjà cité, indique, comme pre­mier des fac­teurs d’ag­gra­va­tion de la men­ace, « le développe­ment d’une généra­tion de « révoltés à domi­cile », de nation­al­ité française ou non, musul­mans de longue date ou récem­ment con­ver­tis. » Par con­séquent, insis­ter con­tin­uelle­ment sur les soi-dis­ant car­ac­tères de paix et de tolérance de l’is­lam, ressem­ble beau­coup à une volon­té de manip­u­la­tion de l’opin­ion. L’un des signes de fuite devant le dan­ger islamiste appa­raît dans un site gou­verne­men­tal qui indique que la pra­tique française « ne vise pas à con­tr­er un dis­cours idéologique… » Notons que dans le nou­veau mag­a­zine en anglais d’Al Qaï­da, Inspire, la France, avec sa posi­tion sur le niqab, est mon­trée du doigt.

Selon un haut respon­s­able des ser­vices secrets français, inter­rogé à la fin 2008, trois secteurs économiques sont touchés, dans leur recrute­ment, par l’is­lamisme rad­i­cal :

  • la grande dis­tri­b­u­tion ;
  • le gar­di­en­nage, la sur­veil­lance ;
  • le trans­port de plis et les livraisons.

D’autre part, il ne faut pas se laiss­er abuser par les mots : les émeutes com­mencées en novem­bre 2005 à Aulnay-sous-Bois se sont éten­dues en quelques jours à l’ensem­ble de la région parisi­enne, puis se sont général­isées à tout le ter­ri­toire nation­al. Elles ont duré trois semaines, ont don­né lieu à dix-mille incendies de voitures, ont coûté deux-cents mil­lions d’eu­ros.

À Vil­liers-le-Bel, fin novem­bre 2007, à la suite du décès de deux ado­les­cents cir­cu­lant sur une mini-moto volée, après un heurt avec une voiture de police, tout un quarti­er s’est mis à flam­ber, le poste de police a été assiégé. Une trentaine de policiers ont été blessés en une soirée. Le maire, Didi­er Vail­lant, s’é­tant ren­du sur place, a dû rebrouss­er chemin devant l’hos­til­ité des assail­lants, munis de cock­tails Molo­tov. Des pom­piers ont été empêchés d’in­ter­venir par les tirs de pro­jec­tiles. Ain­si donc, ce sont notam­ment les représen­tants de l’État et les ser­vices de pro­tec­tion civile qui ont été attaqués. Six com­munes du départe­ment ont été touchées par des incendies de véhicules et des feux de poubelles.

À Greno­ble, dans le quarti­er de La Vil­leneuve, ce dernier mois de juil­let, des émeutes ont suivi la mort d’un braque­ur lors d’une fusil­lade avec la police, dans la nuit du 15 au 16. Les forces de l’or­dre ont été la cible de tirs à balles réelles lors de trois nuits de vio­lences. Dans les sous-sols d’un bar du quarti­er, une cache d’armes a été décou­verte, avec des impacts de pro­jec­tiles sur les murs et des étu­is per­cutés à terre. Selon un inter­locu­teur  » fiable « , il s’a­gi­rait d’un véri­ta­ble stand de tir, avec sys­tème d’iso­la­tion phonique. De plus, un nou­veau degré de vio­lence a été atteint, puisque des policiers ont été men­acés de mort.

Pour qual­i­fi­er ces actes de ter­ror­istes, il ne manque qu’une reven­di­ca­tion explicite. Mais elle existe de manière implicite : il s’ag­it de la haine de notre pays, de notre société, même si elle est exprimée par des indi­vidus qui sont nés chez nous. D’ailleurs le juge d’in­struc­tion Marc Tre­v­idic, ancien du pôle antiter­ror­iste, suc­cesseur du juge Bruguière, a déclaré récem­ment voir dans les ban­lieues le ter­reau des futurs ter­ror­istes.

D’autre part, comme l’indi­quait à la fin 2008 le haut respon­s­able français cité plus haut, un cer­tain nom­bre d’is­lamistes ont con­science qu’il serait inutile, et même nuis­i­ble, de réalis­er des atten­tats sanglants en France, dans la mesure où il leur paraît pos­si­ble de rem­porter des élec­tions, par exem­ple munic­i­pales, dans un avenir pas très éloigné. L’ex­em­ple de la Hol­lande, où l’as­sas­si­nat de Théo van Gogh, en 2004, a provo­qué une réac­tion con­tre les dan­gers de l’is­lami­sa­tion, leur a mon­tré le dan­ger pour leur cause des actions vio­lentes. Rap­pelons qu’au mois de juin dernier, les élec­tions lég­isla­tives aux Pays-Bas ont don­né lieu à une per­cée du PVV, Par­ti de la lib­erté de Geert Wilders, dont le pro­gramme com­prend en par­ti­c­uli­er la lutte con­tre l’im­mi­gra­tion et l’is­lami­sa­tion. Il ne reste donc plus qu’à souhaiter chez nous un sur­saut sem­blable…

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