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Dossier du 03/02/09
Et si on parlait de l'Euro ?
Par Bernard Bornette, membre du Bureau national

Cette construction purement technocratique a 10 ans, et ne se porte pas mal, même si certains pays de l'union Européenne restent à l'écart. C'est le cas de la Grande Bretagne (toujours soucieuse de son indépendance), c'est le cas de la Suède et du Danemark. C'est aussi le cas de la Pologne et de la République Tchèque où le sentiment national est très vivace.

Car l'adoption de cette monnaie unique s'accompagne évidemment d'une perte de souveraineté nationale (le privilège ancestral de ''battre monnaie''), mais également, d'une réduction considérable de la souveraineté économique, ce qui est autrement plus grave. Car les états adhérents se privent alors de deux des quatre instruments de régulation économique que sont la fixation du taux de change et la détermination de la politique monétaire et notamment la fixation des taux d'intérêt. Avec la disparition des contrôles des changes la valeur de l'Euro échappe totalement aux états, et repose sur des marchés financiers autonomes. Quant à la politique monétaire elle est entièrement entre les mains de la BCE souveraine qui décide avec pour seul objectif le sacro-saint contrôle de l'inflation. C'est la hantise de l'Allemagne, encore tétanisée par les désastres de l'inflation des années 20/30. Mais en ne lui donnant que ce seul objectif la politique de la BCE ne pouvait évidemment conduire qu'à une croissance limitée, du fait des taux d'intérêt maintenus trop élevés.

Après la disparition de ces deux outils que constituaient la maitrise des changes et la politique monétaire, il ne reste plus aux états que la politique budgétaire (le niveau des dépenses publiques) et la politique fiscale pour agir sur l'économie. Mais comme le traité de Maastricht laisse dans les faits, si non en théorie, toute latitude aux états pour fixer leur politique budgétaire sans aucune réelle contrainte inter étatique, on arrive inévitablement à une situation quasi anarchique où des états vertueux - les états du nord, et en particulier l'Allemagne - ont une politique d'équilibre alors que les états du sud - et en particulier la France - ont des finances totalement déséquilibrées ce qui s'accompagne d'un endettement énorme (1500 milliards d' Euros) .et de déficits commerciaux considérables. Cette gestion laxiste augmente les '' frais généraux '' de l'entreprise France  - collectivités publiques et entreprises - réduit sa compétitivité et conduit à un déficit commercial abyssal : il s'est élevé à 50 milliards en 2008, alors que l'Allemagne, avec le même euro et le même coût du pétrole est en excédent de 16 milliards.

Jusqu'à maintenant l'euro s'est globalement bien comporté, avec toutefois de fortes fluctuations par rapport au dollar: introduit en 1999 au taux de 1,18 euro pour un dollar, sa valeur a plongé à 0,82 deux ans plus tard pour remonter progressivement autour de 1,4, avec un pic à 1,6 en juillet 2008, et tourner aujourd'hui aux alentours de 1,3...

Ces fluctuations considérables ont évidemment des conséquences financières et économiques puisqu'elles influent directement sur la compétitivité de nos entreprises, sur la balance commerciale, mais également - et c'est moins connu du grand public - sur les possibilités pour nos entreprises d'acheter des concurrents étrangers, d'y investir, ou, au contraire en fait des cibles plus faciles. Toutefois, et c'est un point positif pour nos économies, l'essentiel des échanges commerciaux des pays de l'UE se fait à l'intérieur de cet espace économique : en moyenne 70% des échanges sont intra communautaires avec ''seulement'' 60% pour l'Allemagne. Cette situation atténue sensiblement les inconvénients rappelés plus haut.

L'Euro est également un succès en matière de réserves de changes puisqu'il constitue 26% des réserves mondiales, encore loin derrière le dollar qui est à 65%, tandis que les autres monnaie n'ont plus qu'un rôle marginal.

Mais au delà de ce bilan plutôt satisfaisant en apparence on peut se demander jusqu'a quand l'Allemagne et quelques autres accepteront que certains fragilisent l'ensemble en mettant en jeu des politiques économiques et budgétaires irresponsables entrainant déficits extérieurs et endettement considérables. La France n'est pas la seule coupable.

Il y a là un véritable risque d'éclatement de l'euro, qui était en germe dès le départ puisque l'instauration de cette monnaie commune ne s'est accompagnée d'aucune politique budgétaire et fiscale commune. C'est bien ce que nous avions constaté lors du lancement de l'euro.

La position du MNR est, aujourd'hui comme hier, de regretter l'abandon d'une part essentielle de notre souveraineté.

Mais pour autant nous ne préconisons certainement pas un éclatement de l'euro, car la situation actuelle de la France nous conduirait à un désastre monétaire et financier.

Remarquons que, à l'inverse, des voix s'élèvent en Allemagne pour prôner la disparition de cet euro, ce qui n'a rien d'étonnant.

Cette position sur l'euro qui est aujourd'hui celle du MNR est tout à fait cohérente avec notre souhait de voir se renforcer la collaboration intra européenne, avec un développement de nos échanges internes accompagné de l'instauration d'un minimum de protection aux frontières.


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