Dossiers - 25/10/08 - Leçons à tirer de la crise

Crise économique et financière : les remises en cause, les responsabilités, les axes de refondation

La crise financière et économique constitue un événement majeur qui va marquer le début de ce siècle. Elle annonce la fin du système dans lequel nous vivons et représente l'échec majeur des dirigeants qui nous gouvernent depuis des décennies. Elle est porteuse de perturbations très graves qui vont mettre en cause le niveau de vie des Français et fragiliser l'équilibre économique et social de notre société.

Mais elle peut aussi être l'amorce d'un changement profond, car, au-delà des difficultés très sérieuses qui vont en résulter, elle peut être l'occasion de mutations bénéfiques et donner naissance à un nouveau système économique et financier et à un nouvel équilibre géopolitique plus conformes aux intérêts des peuples européens.

1 - La remise en cause du système
Cette crise est en effet le fruit naturel du système délétère dans lequel nous vivons. Elle ne résulte pas des seules erreurs de gestion commises par des banquiers d'outre-Atlantique trop laxistes dans l'octroi de prêts à des foyers américains qui n'en avaient pas les moyens. Elle est la conséquence quasi mécanique de l'hyperlibéralisme économique international voulu par les Américains. Elle découle de la domination de la finance, du libéralisme à tout crin, de la mondialisation sauvage, et de la prééminence des Etats-Unis. Ce que la crise met en cause c'est le système économique mondialisé que dénonce le MNR depuis de nombreuses années.

Remise en cause du capitalisme financier
Cette crise est d'abord la conséquence de la primauté donnée au financier sur l'économique, à la spéculation sur la production, aux constructions virtuelles sur les biens réels. Depuis longtemps maintenant, l'économie n'était plus structurée par des stratégies de développement industriel dans le long terme mais par l'obsession du rendement financier maximum dans l'immédiat. Et ce système a lamentablement échoué : en déconnectant la finance de l'économie réelle, il a créé des bulles financières qui n'ont pas encore toutes produit leurs effets dévastateurs. Car ce processus ne se limitait pas à la pratique des '' subprime '', c'est aussi cette logique qui prévaut par exemple lorsque le dollar, déconnecté de toute référence matérielle, permet aux États-Unis d'accumuler, sans les financer, des déficits extérieurs colossaux. Force est de constater que la prééminence de la finance a conduit à la catastrophe. Les banquiers, les traders qu'on présentait comme les seigneurs de la société d'aujourd'hui sont apparus comme des amateurs incompétents et irresponsables qui jouaient avec l'argent des autres comme on joue au casino.

Remise en cause du tout libéral
Cette crise montre également les limites du système libéral que l'on considérait il y a peu encore comme incomparablement supérieur aux organisations publiques taxées d'archaïsme et d'inefficacité. Il apparaît en effet que le secteur privé peut générer des pratiques de gestion hasardeuses et se révèle incapable de produire des mécanismes d'auto-régulation. S'il n'est pas question de vanter les mérites du socialisme qui porte de son côté des tares insurmontables, force est là encore de constater que le tout libéral peut conduire à des catastrophe majeures et que la puissance publique demeure dans tous les cas le recours suprême indispensable et légitime.

Remise en cause du mondialisme
La crise débouche aussi sur une remise en cause du mondialisme qu'on présentait pourtant comme la panacée depuis près de quarante ans. Cette crise issue des États-Unis s'est en effet propagée avec une rapidité surprenante vers l'Europe et le reste du monde du fait de l'absence de frontières et de mécanismes de régulation : lorsque l'on globalise l'économie, on globalise aussi ses problèmes. Ajoutons que si un État tolère la désindustrialisation de son territoire, c'est-à-dire une perte de richesse pour son pays tout en voulant maintenir la croissance continue du niveau de vie de ses habitants, il n'a d'autre solution que de recourir à l'emprunt. C'est ce qu'ont fait les États-Unis avec les '' subprime '' et c'est ce qu'ils continuent de faire en accumulant une dette extérieure abyssale. Il est frappant de constater par ailleurs que la Grande-Bretagne, qui a joué sans réserve le jeu de la mondialisation en acceptant de perdre son industrie au profit d'une activité de premier plan dans la finance internationale, est le pays européen le plus frappé par la crise

Remise en cause de l'hégémonie américaine
Les Etats-Unis dominaient l'économie mondiale et ce sont eux qui ont provoqué la crise. Chacun ne peut que le constater : la crise est venue des Etats-Unis, ce sont les principes du système américain qui ont été mis en cause et c'est le système américain qui s'est révélé le plus fragile. La prééminence économique et financière des États-Unis va donc être inéluctablement contestée et ne pourra plus, quoi qu'il arrive, se maintenir comme par le passé. La crédibilité américaine est entamée et cette perte de confiance va toucher tout particulièrement le dollar qui constituait l'instrument privilégié des bulles spéculatives mais aussi de l'hégémonie américaine. La crise va provoquer un reflux des Etats-Unis et, tôt ou tard, un déclin de leur influence.

2 - La responsabilité des dirigeants économiques et politiques
La responsabilité de cette crise ne peut cependant être attribuée aux seuls banquiers américains, en dépit de leur laxisme et de leur irresponsabilité. Si la catastrophe actuelle est la conséquence logique du système en place, ce sont les promoteurs de ce système qui en sont les principaux coupables.

Les premiers responsables ce sont donc les architectes de ce système. Et parmi eux, bien sûr, les théoriciens et les idéologues du mondialisme, ses praticiens, les financiers et les banquiers, et ses zélateurs, les journalistes et les politiques.

Car ce système a été soutenu par l'ensemble des dirigeants politiques qu'ils soient de droite ou de gauche en France comme à l'étranger. À tour de rôle lorsqu'ils ont été au pouvoir, ils se sont faits les défenseurs de ce système mondialisé et ne cessaient d'en vanter les mérites. Or, les dirigeants politiques sont en charge du destin des peuples : si les peuples souffrent, ils sont responsables.

Lorsque M. Sarkozy explique qu'il faut sévir à l'encontre des fauteurs de crise, il devrait donc se compter parmi les personnalités à sanctionner ainsi que ses collègues de l'UMP, du PS et de l'ensemble de la classe politique.

C'est d'autant plus vrai que M. Sarkozy est aujourd'hui incapable de concevoir et de porter un dispositif global pour remplacer le système délétère qui a échoué. Et c'est pourtant ce qu'il faudrait faire maintenant.

3 - Les axes d'un nouveau système
Pour sortir de la crise et remettre en ordre le système économique et financier international, il faut en venir à quelques idées forces que le système politiquement correct avait complètement oblitérées mais que le MNR a toujours préconisées.

La régulation des échanges
Il est temps de mettre un terme au chaos que provoque la mondialisation sauvage. Et, s'il n'est pas question d'interrompre le commerce international, il faut maintenant instaurer une régulation des échanges entre les grands ensembles géopolitiques homogènes sur le plan socio-économique. Cette régulation qui permettrait de défendre notamment les intérêts de l'Europe devrait porter sur les échanges de marchandises mais aussi sur la circulation des capitaux et les migrations de personnes. Il s'agit ainsi de préserver les équilibres mondiaux, de compartimenter les problèmes et d'éviter des crises généralisées.

La réindustrialisation de la France et de l'Europe
Dans ce cadre il est nécessaire de lancer un vaste plan industriel pour notre pays et notre continent. L'Europe doit pouvoir disposer de nouveau sur son sol de l'ensemble des industries stratégiques nécessaires à sa survie. Il faut aussi changer la logique de la spécialisation mondiale du travail au profit d'un principe plus sûr, plus social et plus écologique : les productions doivent être effectuées au plus près des zones de consommation de façon à réduire les déséquilibre de richesses, à fournir du travail à ceux qui consomment et à diminuer les transports et notamment les pollutions qu'ils provoquent.

Le retour à la souveraineté de l'État
Si le capitalisme, le libéralisme et le marché ne doivent pas être mis en cause dans la mesure où ils constituent les instruments les plus efficaces pour produire des biens et des services, il faut cependant réhabiliter le rôle de l'État. Celui-ci a en effet une fonction majeure comme instrument de la souveraineté nationale pour réguler le système économique et le mettre au service de l'intérêt national et du bien-être des populations.

L'émergence d'une Europe puissante
Alors que les Américains vont voir leur hégémonie mise en cause, il faut oeuvrer à l'émergence d'une puissance européenne régulatrice et protectrice. Notre continent dispose pour cela d'économies nationales qui ne sont pas sans atouts et d'un euro fort capable de devenir une monnaie de change et de réserve vouée à se substituer au dollar. L'Europe doit donc s'organiser pour transformer son potentiel en puissance et pouvoir ainsi proposer et garantir le nouveau système économique et financier dont le monde a besoin.

http://www.m-n-r.net/news684.htm