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DISCOURS
Ferrières (77) - 31/08/08 - Discours de Philippe JOST
Turquie, non merci !
Discours à la Xe université d'été du MNR

Au mois de septembre 2008, les chefs d'Etats européens réunis à Bruxelles décideront de l'ouverture des prochains chapitres de négociations d'adhésion avec Ankara.
Evénement capital, la poursuite de ce processus marque une complète redéfinition tant de l'idée d 'Europe, que de sa réalité géographique et civilisationnelle.
En effet, pour nous autres européens, la question turque est un miroir qui nous révèle à nous-mêmes. Elle interroge notre identité, sur ce que nous avons été, ce que nous sommes et sur ce que nous voulons devenir. La Turquie est révélatrice de notre altérité.
Force est de constater que la Turquie contemporaine malgré sa volonté apparente d'alignement sur l'Occident, demeure en bien des domaines, l'héritière politique, historique et culturelle de l'empire ottoman.
Porte-cimeterre de l'Islam en Europe, dépositaire de la charge califale, guide de la communauté des croyants, l'empire ottoman du siége de Vienne aux guerres balkaniques n'a cessé de s'affirmer contre notre continent.
Certains, pourront objecter avec raison, que depuis 1923 et la proclamation de la République turque, une rupture fondamentale a été opérée avec l'Islam et que la Turquie d'Atatürk n'est plus l'ensemble théocratique de jadis. Pour Mustapha Kemal, l'Islam n'a jamais était qu'une greffe étrangère à la turcité : ''la revanche sournoise d'un clergé vaincu sur une caste de guerriers vainqueurs''.
Le but unique et exclusif de Kemal a été de faire de la Turquie une nation indépendante, compacte et moderne, débarrassée des scories d'un islam cosmopolite et débilitant.
Cela en allant à contre-courant de l'immense majorité de son peuple qui voyait d'abord en lui, le héros d'une guerre de libération contre des puissances chrétiennes. Adoptant l'alphabet latin, abolissant le califat, supprimant les confréries religieuses, imposant l'habit européen, Kemal a voulu construire un état laïc désislamisé et occidentalisé. Les six principes du kémalisme ou six flèches (Alti Ock): Nationalisme, populisme, révolution, démocratie, laïcité, témoignent de cette volonté de rupture.
Pourtant, dés la mort de Kemal en 1938, d'une façon insidieuse puis au grand jour, l'Islam que l'austère dictature avait eu tant de mal à extirper, a réinvesti la société par sa propre force d'inertie.
Anticipant ce reflux, Kemal avait peu de temps avant sa disparition confié à l'armée la garde de la laïcité. Cette démocratie sous surveillance, voit au cours de ses cinq dernières décennies, l'armée sortir de ses casernes pour intervenir directement dans l'aréne politique. Cela lorsqu'elle estime, l'unité nationale ou l'héritage kémaliste en danger. En réalité, en dépit de tous les efforts entrepris par les kémalistes, l'occidentalisation de la Turquie, si l'on excepte, une petite élite urbaine, est restée très superficielle.
En 2002 puis en 2007, l'écrasante victoire des islamistes de Tayip Erdogan aux élections, peut s'analyser comme la revanche d'un pays réel musulman et conservateur sur un establishment laïc et occidentalisé.

Des islamo-démocrates pro-européens ?

Incontestablement, au premier abord, le parti de la justice et du développement, (AKP), de Tayip Erdogan ne correspond pas aux mouvements islamiques classiques à l'image du FIS ou des frères musulmans.
Néanmoins, celui-ci derrière un paravent modéré fait d'un savant dosage d'opportunisme et de réformisme, n'est en réalité que la poursuite de l'Islam politique par d'autres moyens, parmi lesquels figure, entre autres, l'adhésion à l'union européenne.
Alors comment interpréter la nouvelle orientation des islamistes turcs? S'agit-il d'une conversion sincère aux principes de pluralisme ou d'une simple feinte?
En réalité, les dirigeants islamistes Turcs partant du constat de l'impossibilité de changement brusque et radical de la donne politique à court et moyen terme réévaluent en conséquence leurs objectifs à la baisse.
D'autre part, comme l'a affirmé Erdogan : ''La démocratie n'est pas une fin en soi, elle est un moyen''.
Une lecture attentive à plusieurs degrés des paroles et des actes du gouvernement islamiste s'impose donc. Le fait qu'Erdogan ait préféré scolariser ses filles aux Etats-Unis, pour pouvoir échapper à la législation sur l'interdiction du port du voile de son pays est un exemple parmi d'autres...
En suivant toujours cette logique de contournement par le haut des institutions laïques, l'on peut dés lors comprendre les visées véritables que poursuivent les islamistes turcs en voulant à tout prix s'arrimer à l'Union européenne.
Longtemps, la mouvance islamiste a été très hostile à la candidature d'Ankara dans une organisation supposée être ''un club chrétien'', sous influence de ce que les islamistes turcs appellent les trois dragons: Les missionnaires, les francs-maçons, les sionistes.
L'Islam politique turc ne devient européen que très tardivement à la fin des années 90. L'objectif étant d'instrumentaliser à son profit les notions de pluralisme et de droits de l'Homme, dont les institutions européennes se veulent garantes et de s'en servir comme bouclier juridique contre l'armée.
Ainsi en juin 2003, la Commission européenne encourage le gouvernement Erdogan à profiter de sa majorité au parlement pour réformer la constitution turque dans un sens plus démocratique, en amoindrissant le pouvoir des militaires pourtant meilleure garante de la laïcité.
De même, le commissaire à l'élargissement Gunther Verughen n'a pas hésité à suggérer plus, ''de souplesse à l'égard de l'Islam et de la religion en général'', afin de se conformer aux critères de ''liberté religieuse'', en usage au Conseil de l'Europe.
Le calcul d'Erdogan est subtil. Pour le Premier Ministre turc, plus d'Europe, égale plus de démocratie, plus de démocratie équivaut à moins d'armée, moins d'armée égale moins de laicité.
Cette stratégie obéit au tableau suivant: tout d'abord se présenter sur la scène mondiale avec le soutient des Etats-Unis, comme un modèle de démocratie islamique, d'Islam modéré, capable de servir d'exemple à l'ensemble du Moyen-Orient, et d'atténuer le ressentiment des populations arabo-musulmane à l'égard de l'Occident.
Encouragés par Washington et l'Union Européenne, les islamistes peuvent dés lors jouer des critères ''démocratiques'' d'adhésion imposés par Bruxelles, pour obliger leur principal adversaire, l'Armée garante, de la laïcité à regagner ses casernes. Une fois la capacité d'intervention de cette dernière affaiblie, la laïcité, peut-être dissoute dans une société civile réislamisé en profondeur. Les ONG religieuses qui bénéficient de fonds considérables en provenance d'Arabie saoudite, ont alors toute l'attitude pour investir le champ social ou éducatif abandonné par l'Etat. Officiellement, la laïcité demeure mais dans un pays où les non-croyants doivent de plus en plus se conformer à la pression sociale du plus grand nombre. Cette pression se fait particulièrement sentir dans le domaine de l'éducation, où depuis 2004, l'apprentissage des théories de l'évolution ont été proscrites de l'enseignement secondaire. Faisant appel à la matrice idéologique des néo-conservateurs américains, l'AKP veut faire la synthèse entre Foi, démocratie et économie de marché.
Etrangeté, l'AKP entend à la fois détacher la Turquie de l'Occident, la ramener au monde musulman tout en voulant transformer, ce même monde oriental selon des principes libéraux et anglo-saxons.
Formés aussi bien à l'exégèse des écritures saintes, qu'aux méthodes les plus modernes de management, les néo-islamistes turcs, entendent bien se substituer aux anciennes élites kémalistes bureaucratiques et militaires.
Cette dislocation du système républicain passe par l'emploi contre l'Etat-nation, laïc, jacobin des notions de pluralisme, de bonne gouvernance et d'ouverture au marché mondial. Le conservatisme religieux rejoint le libéralisme économique, politique et la Turquie peuplée à 99% de musulmans, devient une construction que l'on peut facilement par le moyen des urnes convertir en démocratie islamique.
Plus globalement pour comprendre le jeu des Etats-Unis avec les islamistes de l'AKP, il faut se référer aux écrits de Zbigniew Brzezinski, actuel conseiller en matière de politique étrangère de Barack Obama.
Comme l'a théorisé Brzezinski dans son livre le '' Grand échiquier '', la Turquie est un '' Etat pivot ''. Elle reste plus que jamais le pilier sud de l'OTAN, pièce capitale de l'Organisation atlantique depuis la Méditerranée, jusqu'à l'Iran en passant par le Caucase. L'espace turcophone confère à Ankara une place géopolitique de choix dans le contrôle des corridors énergétiques en provenance d'Asie Centrale et dans la politique de refoulement menée actuellement à l'égard de la Russie par Washington.
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Une Turquie islamiste en Europe ?



L'entrée de la Turquie en Europe offre donc aux islamistes turcs une formidable opportunité pour réaliser leur programme.
Mais il serait naïf de penser que celui-ci, ne se limite qu'à la Turquie.
Ankara une fois membre entend bien utiliser comme moyen de pression, les populations musulmanes résident sur notre continent.
Erdogan, n'a pas ainsi hésité à justifier les émeutes des banlieux de novembre 2005, en déclarant qu'elles avaient pour cause la colère légitime des populations musulmanes brimées, suite à l'interdiction du port du voile dans les écoles françaises.
De même le Premier ministre turc, en voyage officiel en Allemagne au mois d'avril, a estimé que l'intégration des populations immigrées pouvait s'apparenter ''à un crime contre l'humanité''.Et qu'il était du devoir de l'Etat allemand de dispenser des cours de langue turque.
Ces exemples parmi d'autres sont révélateurs du double jeu des islamistes turcs. D'un coté, ils entendent utiliser le processus de démocratisation initié par l'UE quand il va dans leurs sens, de l'autre ils le vitupèrent lorsqu'il leur est défavorable, dénonçant l'occidentalocentrisme de ses principes...
Ainsi, lorsque la cour européenne des droits de l'homme déboute une étudiante turque qui avait porté plainte contre l'interdiction du port du foulard dans les universités de son pays. Le jugement a suscité immédiatement une réaction courroucée du Premier Ministre Tayip Erdogan:'' Je suis stupéfait par cette décision. La Cour européenne des droits de l'homme n'est pas apte à s'exprimer sur ce sujet. Ce droit appartient aux Oulémas. Il n'est pas légitime que des individus sans rapport avec ce domaine décident sans en référer aux spécialistes de l'Islam''.

En définitive, ce processus de rapprochement avec l'Occident qui était l'essence même de la République kémaliste est paradoxalement en train de mettre en question les acquis de la politique d'Atatürk, tout en brisant l'unité géo-civilisationnelle de l'Europe au plus grand profit des Américains.
Tout l'habilité d'Erdogan et des dirigeants de l'AKP, est de profiter des réformes de Bruxelles pour détruire les institutions laïques. Par le moyen de ces harmonisations successives, l'on assiste à un délitement du pouvoir de l'armée et à une ré islamisation rampante de la société.
Aveuglés par l'idéologie des droits de l'homme et totalement ignorant des réalités, les technocrates bruxellois sont en train de détruire les institutions, qui avaient permis justement à la Turquie de s'occidentaliser. Et après ce sont les mêmes qui accusent les opposant à l'entrée dans l'Union de vouloir rejeter les Turcs dans le fondamentalisme!
Bien entendu, notre rejet du processus d'adhésion, ne peut être un rejet de la Turquie.. De part sa situation géographique, la Turquie sera amenée à jouer un rôle capital pour l'avenir de l'Europe. Ouverture vers le Proche-Orient, pays de transit pour le pétrole et le gaz de la mer Caspienne, plate forme d'influence pour l'Asie Centrale, et position clef pour le contrôle de l'émigration vers notre continent, une Turquie nationaliste et laïque pourrait être le partenaire idéal pour le rayonnement de l'Europe indépendante et puissance que nous appelons de nos voeux.


Philippe Jost



Philippe JOST dans le trombinoscope
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