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DISCOURS
Paris Bercy - 09/04/05 - Discours de Yves DUPONT
De la nation à la civilisation
Intervention au colloque "La civilisation, le nouvel enjeu ?"

Qu'est ce qui distingue fondamentalement la gauche de la droite ? Nous pensons que c'est le sentiment d'appartenir ou non à une lignée, d'être ou de ne pas être un héritier.

Les cercles d'enracinement
L'homme de droite inscrit son action dans la continuité d'une longue chaîne qui se déploie au cours du temps ; il n'est pas seul mais accompagné par tous ceux qui l'ont précédé et, potentiellement, par les générations à venir. A l'inverse l'homme de gauche, de tempérament universel, vit dans le temps présent sans référence au passé. La doctrine du contrat social s'oppose à la tradition. Pour l'homme de gauche, les règles fondamentales sont évolutives, au gré des circonstances alors que pour l'homme de droite, il existe des vérités immuables et des règles fondamentales.

On peut résumer cette distinction en disant que l'homme de droite est enraciné quand l'homme de gauche est déraciné et coupé des autres générations.

Nous, nous sommes donc enracinés et cet enracinement se traduit par un attachement à des communautés naturelles. Il est d'usage de les présenter sous forme de cercles concentriques, le degré d'attachement étant d'autant plus faible que la distance au centre est grande. C'est ainsi que les cercles d'enracinement sont traditionnellement présentés dans l'ordre suivant : la famille, la province, la nation et la civilisation. Ces cercles concentriques sont en fait ceux de la géographie, de la distance entre les individus . Dans ce schéma, la civilisation - pour nous, l'Europe - apparaît comme le cercle d'attachement le plus éloigné.

Cependant le degré d'attachement est il seulement fonction de la distance géographique ? C'était sans doute vrai jusqu'à un passé récent où les distances marquaient de véritables frontières entre les groupes.

Ce qui fonde le sentiment d'appartenance au groupe, c'est un ensemble de caractères communs avec les uns, de différences avec les autres et la présence d'une menace sur l'existence du groupe. Lorsque sur un territoire commun, une tribu se sent menacée par une autre tribu, l'attachement à la tribu est fort et il est faible envers le territoire. Durant le Haut Moyen Age, les provinces, les duchés, les comtés, étaient les réalités d'enracinement pour les populations. Et tant que les grands féodaux s'affrontaient les uns aux autres, l'attachement à la province était fort et l'attachement à la France - alors en construction - bien faible.

Le sentiment national, l'enracinement national, ne s'est développé qu'à partir du moment où l'Etat central a unifié le pays (Louis XIII, Louis XIV) en mettant fin aux affrontements des féodaux. Ce sentiment s'est ensuite fortement développé pendant la Révolution et sous l'Empire, lorsque la France a été engagée dans son ensemble dans des conflits avec des puissances étrangères.

Le nationalisme français, en tant que doctrine politique, est né à la fin du XIXe siècle, début du XXe, en plein conflit franco-allemand. Le nationalisme de Maurras et de l'Action française était un nationalisme anti-allemand. On le comprend, l'entité qui menaçait la France dans son existence et dans son identité était l'Allemagne. Et dans ce contexte l'attachement à la nation s'est renforcé. Personne ne se préoccupait de défendre la civilisation européenne, celle ci n'étant nullement menacée par des conflits se déclenchant en son sein.

On le voit, les cercles d'enracinement sont en vérité liés à l'intensité des périls qui menacent telle ou telle communauté. Remarquons aussi que lorsque la France est en conflit avec l'Allemagne, les provinces françaises le sont également, de fait. Mais chacun sent bien que ce ne sont pas les provinces qui sont attaquées individuellement, mais leur synthèse nationale, la France. D'où un patriotisme et un nationalisme intenses, beaucoup plus forts que l'attachement aux provinces.

Le degré d'enracinement n'est donc pas lié à l'emboîtement géographique des communautés mais aux menaces qui pèsent sur elles. Au cours de l'histoire les communautés menacées ont toujours été identifiées sans peine : la province sous les féodaux, puis la nation.

La nation
Il est sans doute nécessaire de rappeler quelques caractéristiques de la nation. La nation est une réalité un peu complexe qui s'est forgée au cours des siècles. Dans le cas de la France, la nation est inséparable de l'Etat. C'est quand la puissance de l'Etat s'est affirmée que la nation française est devenue une réalité.

La nation ne se confond pas avec la patrie, c'est à dire avec une terre ; elle ne se confond pas avec un peuple. C'est une alchimie qui a donné lieu à un moment donné à une réalité tangible et presque charnelle, je pense au XIXe et à la première moitié du XXe siècle. Mais en ces temps-là la nation présentait aussi une unité de civilisation : la civilisation franco-européenne en était le ciment indispensable mais peu apparent car si la France était menacée, ce n'était pas le cas de sa civilisation.

La nation peut aussi être désincarnée. C'est la conception de gauche qui identifie la nation française à la philosophie dite ''des Lumières'', à l'état de droit, à la démocratie, à la république. C'est un contenant dont le contenu peut être quelconque. Et c'est si vrai qu'aujourd'hui la nationalité s'octroie par décret en vertu du droit du sol. Et les nouveaux naturalisés pour peu qu'ils épousent les idées républicaines et démocratiques sont strictement des nationaux.

Constatons que la civilisation ne s'identifie ni avec un espace géographique ni avec des structures politiques. Au début du siècle, nation et civilisation avaient tendance à se confondre. Qui ne voyait, derrière la nation française, l'art de vivre, la culture, l'héritage européens ? Défendre la nation c'était aussi défendre la civilisation. La nation renvoyait donc à la civilisation, à un peuple et à une construction historique incarnée par l'Etat.

Aujourd'hui cette bivalence est perdue. La nation ne renvoie plus à la civilisation tant la nation est devenue hétérogène. La nation ne renvoie plus qu'à l'Etat, à l'appartenance à un cadre juridique et à un territoire. A l'inverse, ce n'est plus l'Etat, l'indépendance nationale, la forme républicaine de l'Etat qui sont menacés par une puissance extérieure. Autrement dit le seul contenu que l'on peut donner actuellement à la nation n'est pas menacé.

Aujourd'hui, nous vivons sous la paix de Maastricht. Pax Maastrica ! Et c'est vrai que ce n'est pas l'Allemagne, ni l'Italie ni aucun pays européen qui menace la France. Ni d'ailleurs aucun autre Etat étranger de façon directe et avouée.

Ce ne sont pas les pays en tant que tels qui sont en péril mais leur fonds commun qui constitue la civilisation. L'assassinat de Théo Van Gogh a bien été ressenti comme une agression contre la civilisation européenne bien davantage que comme un acte dirigé contre la Hollande.

Menaces sur la civilisation
C'est bien la civilisation européenne qui est en péril. Qu'est ce qui pose problème dans les quartiers où cohabitent des communautés différentes : les différences nationales ou les différences de culture ? A l'évidence ce sont les différences dans les modes de vie, les coutumes, les moeurs, les religions, les façons de penser, les arts - bref tout ce qui constitue le socle civilisationnel - qui posent un vrai problème d'assimilation et de confrontation. Bien plus que le caractère national. Imaginez un instant que, malgré leurs différences d'origine, toutes les populations vivant en France aient la même civilisation. Que les modes de vie, les façons de se comporter, les références religieuses et culturelles soient les mêmes que les nôtres. Y aurait il des problèmes aussi aigus et insurmontables qu'à l'heure actuelle ? Sans doute pas.

Nous touchons là du doigt que ce qui est menacé dans notre identité, ce n'est pas notre identité de Français, mais notre identité civilisationnelle.

La menace ne se manifeste pas explicitement par la volonté belliqueuse d'un groupe structuré. Elle est évidement liée à l'expansion de civilisations différentes ; elle est surtout liée à la présence massive d'individus qui n'épousent pas notre forme de civilisation. Insistons sur le fait que la plupart d'entre eux ne manifestent pas d'intentions belliqueuses, qu'ils ne sont pas venus chez nous dans un but précis, qu'ils sont là pour mille et une raisons et que de ce fait, pour l'immense majorité, ils n'agissent pas de façon concertée. C'est bien pourquoi il n'existe pas de péril sur l'Etat, l'indépendance nationale ou sur les institutions. Imaginons que des islamistes de nationalité française accèdent au pouvoir. Ce n'est pas pour autant que la France passerait sous la coupe d'un Etat étranger. Par contre il ne fait pas de doute que le mode de vie des Français changerait radicalement.

Pour une mise à jour du discours politique
Le caractère national est il adapté pour caractériser cette menace ? Nous sommes très loin de l'affrontement frontal des vieilles nations européennes. Nous sommes face à une menace diffuse où les notions de territoire et d'appartenance à une nation ne sont plus pertinentes.
Dans cet affrontement, un non-national, un Allemand, un Italien, un Hollandais peut être un proche et un allié potentiel tandis qu'un individu de nationalité française peut menacer notre civilisation. L'origine n'est donc pas un critère pertinent. Certains Français d'origine étrangère même extra-européenne adhèrent pleinement aux valeurs de notre civilisation et participent à la promotion et l'épanouissement de notre culture . A l'inverse des Français de souche peuvent se comporter comme des barbares ; c'est ce que l'on nomme les racailles. Et j'ai la faiblesse de préférer les premiers aux seconds.

Nous avons à maintes reprises alerté l'opinion sur les dangers que font courir l'immigration incontrôlée et l'une de ses conséquences les plus sensibles, l'islamisme. Mais à l'origine nous avons commis une erreur d'analyse. Ce n'est pas la France qui est menacée. La France en tant qu'Etat indépendant n'est pas à proprement parler menacée. C'est la civilisation, notre civilisation, qui court un réel danger.

Cette constatation change tout, en particulier la façon d'alerter l'opinion publique, la façon d'en parler et la façon de contrer la menace. La nationalité n'est plus un critère d'appartenance au groupe. Par contre la civilisation tend à le devenir et donc à constituer un lien plus fort que la nationalité. Les questions de l'immigration ne doivent pas être traitées sous l'angle de l'origine - immigrés/Français de souche - mais par le prisme de la civilisation.

Ce fait est sans doute intuitif pour la plupart de nos compatriotes. Il ne fait aucun doute que ceux qui vivent dans les cités préfèreraient habiter dans un immeuble fréquenté par des familles d'origine étrangère assimilées, ''euro-civilisés'', polies, discrètes, de culture, de langue, de religion européennes qu'à proximités de racailles, d'origine françaises ou non.

A travers cet exemple on perçoit que le critère d'appartenance à la civilisation est concret et intuitif quand celui d'appartenance à la nation est devenu intellectuel, administratif, qu'il a perdu son sens immédiat. Est ''euro-civilisé'' un individu de n'importe quelle origine qui partage les valeurs, la culture l'héritage, les langues, la religion de la civilisation européenne. Et cela commence par le mode de vie. Un ''euro-civilisé'' n'est pas polygame, il ne mange pas par terre, il n'est pas animiste, il respecte la liberté de la femme, la liberté religieuse, la séparation du temporel et du spirituel etc. Les critères sont clairs et sautent aux yeux.

A l'inverse que représente la nation pour un Français d'aujourd'hui, en dehors d'une carte d'identité délivrée à tous ceux qui en font la demande, ou presque ? Quelle réalité chacun met-il derrière ce terme ? Que de diversité et d'antagonisme !

Comment définir aujourd'hui un national ? Quelqu'un qui a la nationalité française ? C'est vague. On comprend l'erreur, sans doute inévitable dans un premier temps, que nous avons commise en répondant aux problèmes de l'immigration par la nation. En fait c'était bien la civilisation que nous mettions derrière et cela nous obligeait à des circonvolutions de langage pas toujours claires pour les électeurs.

Parler des nationaux n'a plus de sens pour nos compatriotes . Par contre les modes de vie, les cultures, la civilisation gardent sans doute un sens. Y a-t-il une défense de la civilisation européenne à gauche ? Non. Et pour une raison de fond qui nous ramène au début de cet article : la gauche nie la filiation, l'héritage, alors que la civilisation remonte à l'origine des temps historiques. La véritable démarche identitaire c'est la défense de la civilisation.

L'évolution de la réalité politique et géopolitique a changé la donne. En ce début de siècle, marqué par le choc des civilisations, les cercle concentriques d'enracinement sont désormais la famille, l'euro-civilisation, les patries (régions, France, Europe) et la nation.

Cela change tout ; ne pas l'avoir vu a conduit l'expression politique de notre combat dans une impasse. La prise en compte de cette réalité, parfaitement perceptible par nos concitoyens, doit se traduire au niveau politique et peut nous amener à susciter un important mouvement d'opinion. A la réflexion, on comprend que derrière la crise du mouvement national à la fin du siècle dernier, se trouvait cette différence essentielle de perception des nouveaux enjeux.

Merci à Bruno Mégret de l'avoir pressentie, d'en avoir tiré les conséquences et faisons tout pour que sur ces bases modernisées, renouvelées, nous allions de l'avant.

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