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DISCOURS
Paris Bercy - 09/04/05 - Discours de Viviane DEUXPSEUD
Les valeurs de notre civilisation
Intervention au colloque "La civilisation, le nouvel enjeu ?"

Les hypervaleurs de la civilisation européenne
Spengler a exposé sa conception biologique des civilisations : comme tous les organismes vivants, elles connaissent la naissance, le développement, l'apogée puis le déclin et la mort... Cette issue fatale débouche sur un pessimisme radical qui ne sied pas à notre mentalité. Toynbee présente lui aussi les civilisations comme des organismes vivants connaissant la naissance, la maturité, le déclin et la disparition, mais il souligne combien chaque organisme est relié à ses proches par filiation dans le temps ou influence dans l'espace. C'est encore une conception cyclique, mais celle-ci fait apparaître que les ensembles civilisationnels se succèdent les uns aux autres et constituent des lignées de civilisations apparentées.

Puisque nous reconnaissons une civilisation européenne unique qui naquit en Grèce au VIIIe siècle avant JC et qui perdure de nos jours de Séville à Stockholm et de Dublin à Gdansk, c'est que nous adoptons un point de vue plus proche de Toynbee que de Spengler : un point de vue moins pessimiste mais d'où nous sommes pleinement conscients que notre civilisation pourrait se dénaturer et céder la place...

Nous voyons se mettre en place un peu partout sur la planète des modes de vie modernes, qui tendent plus ou moins à s'uniformiser sur un modèle ''occidental''. On voit aussi émerger des puissance devenues crédibles qui sont désormais capables de rivaliser avec l'Europe. Les crises géopolitiques à répétition, le terrorisme international, la mondialisation économique, les flux migratoires dépassant le seuil critique sont autant de menaces de dilution, voire de disparition, de l'Europe et des Européens.

Puisque nous ne voulons pas disparaître - au mieux dans une civilisation post-européenne et au pire dans plus de civilisation du tout - définissons ce qui nous distingue de tous les autres.

Au delà de ce qui définit notre bien-être, identifions ce qui fait notre être. Il s'agit là de reconnaître la partie non négociable de notre civilisation, en quelque sorte nos ''hypervaleurs'', à savoir la liberté, l'esprit prométhéen, le sens de la mesure.

La liberté
Ayant inventé en Grèce la cité, la liberté sous la loi, la science et l'école, puis à Rome la ''personne", le droit et la propriété privée, ayant choisi d'utiliser la raison humaine dans les deux registres de la science grecque et du droit romain pour inscrire dans l'histoire l'éthique chrétienne, l'Europe marche depuis l'origine vers toujours plus de liberté : liberté de l'individu, liberté de penser, liberté de découvrir et de créer, liberté d'innover.

Communes contre féodaux, concile contre Papauté, démocratie contre privilèges du sang, socialisme contre privilèges de l'argent : les luttes en Europe ne sont pas de simples mouvements collectifs comme en ont connu toutes les autres civilisations mais la manifestation constante du droit de l'individu de s'affirmer, d'affirmer sa propre pensée et sa propre volonté. La libération de l'individu dégage une énergie énorme qui entraîne les Européens dans un mouvement perpétuel d'innovation et de création amenant l'évolution ininterrompue de leurs sociétés.

On a pu parler de l'insatisfaction créatrice de l'Européen ; on souligne parfois son aptitude à la révolution (au sens de mutation radicale de la société) toujours encadrée par des intellectuels. Nous touchons là à une autre caractéristique européenne : la vitalité intellectuelle. Que ce soit en matière religieuse ou philosophique ou scientifique, l'esprit européen ne cesse de remettre en cause ses propres acquis. La liberté à l'européenne, c'est l'évolution et le progrès, par l'émancipation toujours plus poussée de l'individu.

La liberté en Europe
Notons au passage que les mentalités européennes n'ont jamais accepté la concrétisation dans un régime politique de certaines théories pourtant nées sur le sol européen. Prenons le cas du marxisme. Aucun peuple européen, aucun Etat européen n'a jamais accepté de son plein gré le communisme. Les régimes communistes se sont installés et ont prospéré en dehors de l'aire civilisationnelle européenne : en Chine - il faut savoir que dans ses Oeuvres complètes Mao cite plus les penseurs traditionnels chinois ainsi que Lénine et Staline que Marx et Engels (qui ne représentent à eux deux que 4 % des citations de Mao !...) et en Russie où la population - pourtant blanche et chrétienne - était en quelque sorte préparée à la dictature par les siècles de l'occupation mongole. En Europe même, on peut aussi citer l'Albanie, elle-même ''préparée'' à la dictature communiste par la conquête Ottomane...

Et la liberté des autres
Parmi tous les péchés dont est accusé l'Européen, il faut évoquer celui qui aurait consisté à ne pas respecter la liberté des autres et d'avoir gravement compromis les autres civilisations par la colonisation ! C'est vrai que l'Européen s'est imposé partout en Amérique, en Afrique, en Asie . En Amérique et en Afrique, les Européens ont surtout trouvé des espaces presque vides où il n'y avait, finalement, que des sociétés archaïques et des modes de vie ancestraux condamnés par l'Histoire au même titre que leurs équivalents européens des siècles précédents, ou encore des civilisations moribondes : au Mexique l'empire aztèque était déjà en pleine décadence quand Cortès y débarqua et Pizarre commandait 180 hommes et 30 chevaux pour ''conquérir'' l'empire inca détruit par les guerres civiles...

Au XIXème siècle les sociétés africaines n'opposèrent aucune résistance à l'arrivée des Européens ; en Asie, où les Européens se sont trouvés devant des civilisations authentiques, au Japon, en Inde ou en Chine ... ils se sont bornés à faire du commerce et de la politique !

L'esprit prométhéen
De sa liberté, l'Européen se sert dans l'action et pour l'action. Les Européens comprirent les premiers que le monde pouvait être transformé au profit de l'homme et que cette tâche était à leur portée. Ayant affirmé très tôt sa foi dans les droits des personnes, l'état de droit et d'une façon générale les voies de droit, la mentalité européenne a mis au plus haut prix la science et le développement socio-économique.

Malgré les réserves que l'on est en droit d'opposer à la philosophie générale de Lévy-Strauss, on peut néanmoins retenir de ses travaux l'opposition entre les sociétés chaudes, entraînées dans un processus d'évolution fondé sur l'accumulation des innovations et de l'énergie sociale et les sociétés froides, figées dans l'immobilisme pétrifiant aussi bien leurs techniques que leurs coutumes et leur vision du monde.

La plus ''chaude'' des civilisations est la civilisation européenne : elle est la seule à avoir essaimé sur toute la planète. Elle a créé le progrès et donné un sens à l'Histoire. Elle a assuré à ses ressortissants une suprématie intellectuelle et matérielle sans partage.

L'efficacité
La principale caractéristique de la pensée européenne est son efficacité. L'efficacité est la fille de l'Europe où elle se conçoit en trois temps : imaginer l'idéal, penser l'amélioration, modéliser, c'est à dire construire le modèle, la forme parfaite ; en faire le plan et la prendre comme but ; agir ensuite d'après ce plan pour atteindre ce but.
L'efficacité à l'européenne fait intervenir conjointement deux facultés majeures : l'entendement qui fait penser et la volonté qui fait agir.

Mais ce n'est pas tout : nous savons évidemment qu'un fossé sépare le modèle idéal - la ''théorie'' pourrait on dire par un abus de langage assez répandu - et sa réalisation - la ''pratique'' dira-t-on en persistant dans l'abus de langage. En médiation, c'est à dire pour combler ce fossé, on trouve une faculté intermédiaire qu'Aristote appelait la prudence, et que nous préférons nommer la modération.

Dans ces trois temps de l'efficacité européenne - penser librement l'amélioration hors de toute contingence, agir pour réaliser le modèle, atteindre le but au profit des hommes (mythe prométhéen) en usant toujours de modération - on retrouve les trois ''hypervaleurs'' européennes.

Partant de l'observation des choses et de leurs propriétés, l'esprit européen s'oriente vers la résolution des problèmes pratiques, techniques. De là, on passe à une volonté d'appréhension cohérente et logique du monde, qui associée à sa tendance à la rationalisation donne naissance à l'esprit scientifique.

L'esprit des Européens se caractérise encore par l'esprit d'innovation. L'Europe explore à fond toutes les potentialités de son propre génie et des inventions des autres civilisations qu'elle valorise au maximum. Penser, réfléchir, créer, inventer, améliorer, perfectionner ses propres inventions et celles des autres.

La modernité
Elle aussi est la fille de l'Europe. Comme le soulignent les travaux d'Yves Dupont , de nos jours encore les Européens sont à la pointe de la recherche scientifique et gardent encore une large part des découvertes fondamentales. On compte sur les doigts de la main les prix Nobel qui ne sont pas européens ou européens de naissance et sur 44 médailles Fields on compte 14 Américains et 23 Européens.

On soupçonne très souvent les avancées de la modernité - donc les inventions européennes - de comporter des dangers mettant en péril toute la planète et l'Européen est mis en accusation (encore). Il est vrai que le progrès scientifique et ses applications concrètes rendent possibles des phénomènes qui pourraient annuler tous les progrès : bombe atomique, manipulations génétiques, réchauffement de la planète, pollution, épuisement des ressources naturelles, surpopulation... il n'y a pas encore de parade précise à ces périls, mais nous pouvons néanmoins poser une réponse de principe : en toute hypothèse, ce n'est pas moins de progrès qui résoudra les problèmes ; c'est bien la science et la technique - et elles seules - qui pourront résoudre les problèmes posés par la science et la technique (c'est d'ailleurs ce qu'elles ont fait dans tout le passé connu de l'espèce...) et tout ce qui pourrait entraver le progrès des sciences entravera la résolution des problèmes nouveaux.

La liberté de penser et d'expérimenter, la liberté de communiquer, d'innover, associée à la volonté d'agir sont les conditions indispensables du progrès scientifique, et partant du progrès tout court, aussi bien économique que social pour l'Europe et pour tout le monde !

La modération, l'esprit d'équilibre
La troisième ''hypervaleur'' européenne, celle qui, combinée aux deux autres livre le secret de la réussite universelle européenne est l'esprit d'équilibre et de modération. Elle s'est manifestée notamment dans le système politique que les peuples européens sont les seuls à avoir mis en place au fil des siècles sur leur territoire : un système ''oligopolaire'', constitué d'un nombre relativement restreint de ''polities'', c'est à dire des communautés historiques, organisées autour de valeurs communes, douées d'un système économique communautaire, et politiquement autonomes, les États Nations. L'affirmation par les Européens de leurs nations, de leurs langues, de leurs Etats a donné naissance à un foisonnement d'intelligences et de créativité sans équivalent au monde. Les peuples européens ont su conjuguer leurs potentiels politiques et économiques pour rentabiliser au maximum leur espace Et de fait, le minuscule territoire européen s'est montré le plus fécond, matériellement et intellectuellement.

L'Europe polémique
L'Europe s'est faite à elle-même la guerre pendant des siècles... Evidemment les crises, les échecs politiques et militaires, les guerres n'ont pas épargné les Européens entre eux. Il s'agit de préciser les choses : la guerre n'est pas une exclusivité européenne. Sur toute la planète, à toutes les époques, les hommes ont fait la guerre, et fatalement, ils l'ont faite en premier lieu à leurs voisins immédiats. En Chine, en Inde, en Amérique, en Afrique la guerre, les massacres et la répression sont des réalités humaines immémoriales. La spécificité européenne n'est donc pas dans la guerre (elle est universelle) elle est dans l'utilisation des périodes de paix, dans la façon dont les peuples et leurs dirigeants utilisent la paix. Tous les conflits sont précédés et suivis de périodes de rivalité constructive, chaque Nation, chaque Etat cherchant à exploiter au mieux ses atouts. Les conflits intra-européens ont été des stimulants, pour les populations comme pour les gouvernants soudés par les consciences nationales précoces et le patriotisme qui en découle naturellement.

Les conséquences de l'organisation socio-politique de l'Europe depuis quinze siècles sont remarquables :

- En premier lieu, en interne pourrait-on dire, au sein de chaque entité européenne, s'installent des pouvoirs politiques ''tempérés''. Les monarques européens, même les plus ''absolus'' ont en fait toujours été bordés de contre-pouvoirs : l'aristocratie organisée en réseaux transnationaux, la paysannerie organisée en républiques locales, la bourgeoisie en cités urbaines. La raison en est que le système européen impose à chaque élément du système d'assurer la mobilisation de toutes ses ressources au service de sa propre perpétuation ; il impose au monarque l'alliance avec les élites, elles-mêmes liées aux masses populaires. La série d'alliances ainsi nouées au bénéfice mutuel des parties borne le Pouvoir des souverains européens et invalide la théorie de la ''lutte des classes.''

D'ailleurs ce n'est qu'en Europe que le développement de la puissance des États marcha de pair avec l'élévation progressive du niveau de vie général des populations. Ce qui ne fut le cas ni en Chine, ni en Russie, ni en Inde a fortiori où le pouvoir - le plus souvent impérial et fortement inscrit dans le magico-religieux - choisit de condamner la population au service forcé pour obtenir la puissance. Le mythe de la puissance pauvre, ''pauvre mais puissante'' largement utilisé par le pouvoir stalinien n'a jamais eu cours en Europe. L'Europe n'accepte pas de sacrifier l'individu au groupe, ni le matériel au spirituel. La civilisation européenne est la seule à combiner les valeurs de liberté et d'égalité avec celles de progrès et de croissance pour atteindre la puissance.

- En second lieu, en externe, il faut évoquer la nature des relations que les États européens ont organisées entre eux d'abord, puis avec le reste du monde : le sens de la mesure et de l'équilibre commande qu'aucune entité ne puisse l'emporter sur la coalition de toutes les autres . La stratégie dominante pour les chefs européens est donc le maintien ou le rétablissement de l'équilibre. D'où la création d'un droit international, exclusivité européenne totalement incompréhensible dans les autres civilisations, qui aboutit à la domestication de la guerre. Depuis la trêve de Dieu médiévale jusqu'à la Convention de Genève, pour les Européens, l'objectif de la guerre n'est pas l'anéantissement de l'adversaire.

Citons rapidement quelques traits qui en découlent : la distinction nette entre la guerre et la paix, l'utilisation ciblée de la violence militaire, le recours à la diplomatie autant qu'à l'armée, l'extrême modération des traités de paix imposés aux vaincus. On a constaté au XXe siècle sur le sol européen même à quel point les guerres menées par des Américains ou des Orientaux - terrorisme, massacres des populations civiles, humiliations imposées aux vaincus sur plusieurs générations, manipulation de la vérité - étaient terrifiantes.

Avec la civilisation européenne disparaîtraient les ''hypervaleurs'' européennes qui ne sont portées par aucune autre, même si les valeurs de bien-être peuvent survivre plus ou moins dans une pseudo-civilisation post-européenne. On voit bien que la modernité ne peut se passer d'un certain degré d'occidentalisation, mais le monde pourrait-il se passer de la civilisation européenne et de ses ''hypervaleurs'' ?

De fait, la prétendue occidentalisation, c'est surtout l'américanisation, c'est à dire en l'état actuel des choses le mondialisme et la globalisation. Il suffit d'en considérer les déplorables conséquences pour voir ce qui fait notre spécificité : construite sur la liberté des hommes et des Nations, la civilisation européenne propose le progrès et garantit au plus grand nombre la plus grande prospérité. Et au règne du plus fort, elle oppose le règne de l'équilibre et de la modération car elle sait que le moment vient toujours où la coalition des plus faibles l'emporte sur le plus fort pour faire basculer dans le chaos la vie des hommes.

Il nous revient d'intégrer dans un programme politique les ''hypervaleurs'' européennes pour la défense et l'illustration de la civilisation.

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