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DISCOURS
Paris Bercy - 09/04/05 - Discours de Bruno MEGRET
La civilisation, le nouvel enjeu
Intervention au colloque ''La civilisation, le nouvel enjeu ?''

Pourquoi un colloque sur la civilisation ? Ou plutôt, pourquoi le MNR, en tant que parti politique, organise-t-il un colloque sur la civilisation ? Car voilà bien un sujet abstrait, théorique et intellectuel. En quoi la civilisation pourrait-elle en effet concerner nos compatriotes, leur vie quotidienne et l'organisation de notre société ?

La notion de civilisation, chacun en convient, est une notion importante, voire fondamentale, mais elle ne relève pas à priori du champ politique. Jusqu'à présent la civilisation était une réalité qui transcendait les clivages politiques, qui constituait certes le paysage dans lequel s'inscrivent les nations mais elle-même ne constituait nullement un enjeu et encore moins un but du combat politique.

Eh bien la réalité a changé et l'objet de ce colloque est de montrer que la civilisation est devenue le nouvel enjeu majeur du combat politique. Elle est devenue un point d'application de l'action publique et donc un véritable objet politique. À ce titre, sa pérennité, son devenir et les formes de son expression deviennent capitales pour le sort des peuples qui en sont partie prenante. Le destin de nos compatriotes est maintenant directement lié à celui de notre civilisation et leur épanouissement, leur liberté et leur prospérité dépendent de son devenir. Autrefois c'était la nation qui conditionnait notre futur, aujourd'hui c'est sans doute la civilisation.

La fonction des trois principales entités que sont les peuples, les nations et les civilisations change en effet progressivement car le point d'application du politique est en train de gravir cette échelle de l'organisation humaine et de passer des peuples et des nations à la civilisation.

À ce jour l'histoire a toujours été écrite à partir des deux premières de ces trois réalités essentielles. La première est celle des communautés humaines faites des hommes et des femmes qui partagent une même origine, une même langue et une même culture. C'est à dire, selon le degré d'évolution de l'humanité, les peuples, les ethnies ou les tribus. Et bien sûr, cette réalité à la fois charnelle et spirituelle, fondée sur le sang, la langue et la foi, constitue le lieu essentiel d'épanouissement des hommes. C'est elle qui leur donne une identité, qui les situent dans l'espace et dans le temps, qui structure et donne du sens à leur action et à leur vie. Elle fait qu'ils existent et qu'ils comptent. Elle leur donne leur identité et le terme d'identité est à cet égard un maître mot.

Mais il est une seconde réalité essentielle dans l'histoire des hommes, c'est celle de la souveraineté. Et là je fais référence à tout ce qui touche à l'exercice du pouvoir, à l'organisation politique qui tient les hommes ensemble, qui leur fait respecter une hiérarchie, une autorité et qui leur permet d'agir de façon cohérente face aux autres groupes. Cette souveraineté, ce pouvoir, peut se réduire dans les tribus primitives à un chef mais, dans les périodes plus récentes, elle a pris la forme de cités, de monarchies ou d'États.

Et elle est omniprésente dans le monde et dans l'histoire car cette notion essentielle de souveraineté conditionne l'existence et la survie de toute communauté. C'est par elle en effet que s'exerce la force légitime et que passe le pouvoir d'agir aussi bien pour organiser la communauté que pour la défendre ou en assurer l'expansion. Ici le maître mot est celui de la puissance. La puissance sans laquelle il n'y a plus d'ordre, ni de liberté, ni de protection, ni d'action.

Et c'est la combinaison de ces deux réalités - les communautés et la souveraineté - qui crée l'histoire, l'essence même du politique étant contenue dans ces deux maîtres mots d'identité et de puissance.

De façon plus concrète, le monde et notamment l'Europe ont été de tous temps le théâtre où jouaient ces deux acteurs privilégiés du politique. À l'origine il y eut les cités puis les royaumes et les États. Il y eut les tribus puis les ethnies et les peuples. Et l'histoire, telle que nous la connaissons jusqu'à aujourd'hui, se résume au jeu des peuples et des États, qu'ils prennent la forme de cités, de royaumes ou de républiques. Ainsi la nation qui a constitué, en tout cas pour l'Europe, l'échelon le plus accompli de l'organisation humaine est-elle constituée d'un État qui correspond à un peuple. Mais les autres combinaisons existent également. L'Allemagne par exemple, est un peuple qui fut très longtemps partagé en plusieurs États. L'empire, qu'il soit romain ou austro-hongrois, correspond au cas de figure inverse : un même État pour plusieurs peuples. Ainsi l'histoire et la politique ont-ils toujours été structurés par ces deux notions de communauté et de souveraineté, de peuples et d'États.

Pourtant il a toujours existé au-dessus de ces deux notions, une troisième réalité plus globale, plus rassembleuse, plus impalpable : la civilisation. La civilisation est un ensemble de communautés qui partagent une même vision du monde, un même système de valeur, une même conception de l'homme et de la vie. Un ensemble de communautés qui a développé, au-delà de sa diversité, un même mode de vie, un même sens artistique, un même corpus de connaissance. Un ensemble de communautés qui, quelles que soient les souverainetés qui les régissent, à tissé des relations scientifiques, économiques, culturelles et religieuses intenses. Bref un ensemble de communautés qui partagent dans la longue durée le trésor d'une même représentation du monde.

Et peu importe que, sur le plan historique et politique, la civilisation soit morcelée en États et en peuples différents. Peu importe que ceux-ci s'affrontent ou s'unissent, s'entre-déchirent ou rivalisent pacifiquement. La commune civilisation à laquelle ils appartiennent perdure et s'épanouit, s'enrichissant parfois même de la compétition et des conflits. Et il en est allé ainsi au fil des siècles. L'histoire et la politique se sont jouées entre les peuples et les États européens sans que la civilisation européenne en pâtisse. Celle-ci n'a jamais été un enjeu politique, elle transcendait les nations et leurs oppositions.

Aujourd'hui la situation a changé. Les nations qui constituaient les acteurs privilégiés de l'histoire et de la politique sont en crise. Une crise qui touche aux deux fondements du politique. Puisque sous les coups de butoir de la mondialisation, elles connaissent à la fois une crise d'identité et une crise de puissance.

Ainsi notre pays, chacun maintenant le reconnaît, voit son identité profondément menacée par l'immigration. Une immigration qui en est à la troisième phase de son développement. Après l'immigration de main-d'oeuvre, après l'immigration de peuplement, on connaît maintenant l'immigration de colonisation. Dorénavant nous sommes confrontés à la volonté explicite ou tacite de populations entières qui veulent vivre chez nous comme elles vivent chez elles et qui exigent en conséquence que nous adaptions nos lois aux leurs. Tel est bien le sens de tous les problèmes aujourd'hui posés par l'islam à la France. Tel est bien la nature du processus d'islamisation auquel nous sommes confrontés.

À cela s'ajoute l'influence grandissante d'une sous-culture mondialiste originaire d'outre-atlantique qui, par le truchement de la musique, du cinéma, de la télévision, des produits de grande consommation, des modes et des mots, modifie en profondeur notre style de vie et nous coupe progressivement de nos racines et de notre culture. La perte d'identité est donc une réalité majeure pour les nations d'aujourd'hui qui annihile d'ailleurs tout sentiment de fierté nationale et rend ringard toute manifestation de patriotisme.

Cette crise profonde va de pair avec la crise de la souveraineté. Car les nations autrefois maîtresses de leur destin voient leur liberté de manoeuvre progressivement entravée par d'innombrables fils dont les mailles se resserrent année après année.

Au nom de l'ultralibéralisme international, les nations doivent subir au plan économique la concurrence sauvage que provoque sur leur sol le grand marché mondialisé. À cela s'ajoute la montée en puissance des organisations internationales qui multiplient les atteintes aux souverainetés étatiques. En Europe cette réalité déjà forte sur le plan économique et militaire avec l'Omc et l'Otan est démultipliée par l'Europe bruxelloise qui vide progressivement de leur substance toutes les souverainetés nationales.

Des lors c'est clair, les nations ne peuvent plus agir librement. Progressivement elles perdent l'initiative, cessent d'entreprendre et d'innover et se contentent de subir. Leurs gouvernements, pour donner le change, se lancent dans l'action médiatique et se contentent d'initiatives virtuelles pour agir non plus sur la réalité mais sur l'opinion.

Ainsi mises en cause dans leur identité et leur souveraineté, les nations perdent leur légitimité, cessent d'être des acteurs politiques et quittent la scène de l'histoire. Et d'aucuns de nous expliquer que tout cela est positif et bénéfique. La mondialisation devrait, selon eux, réaliser enfin l'unité du monde. La planète deviendrait un village. Les affrontements devraient s'estomper à mesure que les cultures se mélangeraient et que les échanges intensifieraient. Un monde nouveau serait donc en marche - le nouvel ordre mondial - qui assoirait définitivement le règne de la paix et de la prospérité. Et les mêmes de vouloir nous soumettre à cet avenir prétendument radieux et de sacrifier sur l'autel de la mondialisation les nations et les peuples jugés dépassés.

Sans doute n'y a-t-il jamais eu plus grande imposture que ce discours. Dire en effet que la planète courre à son unité est totalement faux. Le monde d'aujourd'hui est même beaucoup plus divers, beaucoup plus morcelé qu'il ne l'était du temps de la guerre froide et infiniment plus qu'il y a un siècle à l'époque où l'Europe dominait le monde et imposait ses langues, ses valeurs et ses lois sur tous les continents ou presque.

Le monde que nous connaissons depuis la seconde guerre mondiale est en effet celui du réveil des identités. Un réveil provoqué par la décolonisation et encore amplifié par l'effondrement du bloc soviétique. Le nombre d'États n'a cessé d'augmenter et le recul de l'Occident a provoqué l'émergence des autres cultures et des autres civilisations avec notamment un retour en force de l'islam.

Le monde se diversifie et s'il est vrai que les nations subissent une crise majeure d'identité et de souveraineté, cette crise ne concerne que les nations européennes. Ainsi par exemple, les autres nations ne connaissent nullement les phénomènes d'immigration auxquels sont soumis les pays occidentaux. Si l'on met à part quelques pays du Golfe croulant sous le poids des richesses du pétrole et certains États africains dont les frontières sont totalement artificielles, seuls les États occidentaux subissent un processus d'immigration.

Quant au développement des échanges et des technologies, ils ne débouchent pas sur une occidentalisation systématique. Les pays émergents comme par exemple l'Inde ou la Chine, qui s'efforcent de rivaliser sur le terrain économique, technologique et scientifique avec l'Europe ou les États-Unis, adoptent notre savoir-faire mais nullement notre style de vie.

La théorie du monde qui s'uniformiserait n'est donc qu'une vision fallacieuse construite de toute pièce par une Europe obnubilée par elle-même qui ne peut pas voir le monde autrement qu'à son image. Il est donc temps de considérer la réalité telle qu'elle est. Depuis un siècle les peuples du monde s'émancipent progressivement de l'Europe pour se ressourcer dans leurs cultures propres. Ce sont les nations européennes qui voient leur identité se dissoudre alors que les autres nations renouent avec leurs traditions, certaines en les rétablissant dans leurs formes les plus fondamentalistes, d'autres en les adaptant aux exigences du monde moderne mais toutes en refusant le métissage qu'il soit ethnique ou culturel.

De même ce sont encore les nations européennes qui voient leur souveraineté et leur puissance affaiblie alors qu'il n'en va pas de même des autres nations du monde. Certes beaucoup de petits États qui étaient faibles et dépendants, le demeurent. Mais beaucoup d'autres, qui disposent de ressources humaines et économiques considérables, ont renforcé leur puissance comme la Chine, l'Inde ou le Brésil.

Il est donc essentiel de revoir entièrement l'image que nous nous faisons du monde et de ses évolutions : les nations européennes se défont quand le reste du monde se réenracine et se renforce. Pour autant le processus de mondialisation existe bien. Il correspond à une intensification des échanges et à un rapetissement des distances qui conduisent la planète à changer d'échelle. C'est pourquoi la montée en puissance du monde non européen ne s'effectue pas selon le schéma des nations au sens de l'Europe du XIXe siècle. Le processus de mondialisation crée en effet une nouvelle réalité qui est en train de s'imposer : le choc des civilisations.

Et sur ce plan il faut lever toute ambiguïté : ce choc ne se limite pas à un affrontement entre l'islam et l'Occident comme le prétendent les Américains qui, pour assurer leur prééminence mondiale, cherchent un adversaire facile à désigner et à contenir. La réalité est en fait beaucoup plus complexe car les civilisations ne peuvent se ranger en deux camps et leur nombre atteint une petite dizaine. Il y a la chinoise, la japonaise, l'hindoue, l'arabo-irano-turque, l'africaine sub-saharienne, la sud-américaine, la nord-américaine et l'européenne que certains divisent en deux : l'Europe occidentale et l'Europe orientale.

Et le fait est que les problèmes du monde sont en train de se structurer autour de ces grands pôles et de conduire à de nouvelles rivalités ou à de nouveaux conflits. Déjà, on le voit, la Chine est en train de faire son entrée en force sur la scène mondiale. Déjà elle acquiert une forme de monopole de la fabrication des produits manufacturés du monde. Déjà sa consommation de pétrole et d'acier fait envoler les cours des matières premières. Quant à sa capacité technologique, elle permet à la Chine de s'imposer comme une puissance spatiale et demain comme une puissance militaire. D'autres pays comme l'Inde ou le Brésil sont également en passe de faire leur entrée sur la scène internationale et de s'imposer comme de grandes puissances.

Dès lors la configuration du monde est en train de changer. Il n'est plus bipolaire. Il n'est pas unipolaire. Il ne sera pas non plus éclaté en une multitude de petites nations. Non il est en passe de devenir multipolaire, chaque pôle correspondant grosso modo à l'une des grandes civilisations de la planète.

De plus cette nouvelle donne internationale ne débouche pas sur la fin de l'histoire, c'est à dire sur la paix et la disparition de tous les conflits. Les lois immémoriales de l'humanité continuent à s'appliquer et créent des antagonismes et des rivalités. La mondialisation dont on nous rebat les oreilles n'est donc nullement une entreprise d'uniformisation et de pacification. Bien au contraire cette mondialisation n'est que la nouvelle forme des antagonismes entre peuples et correspond à l'affrontement économique et identitaire des grands ensembles planétaires.

La mondialisation n'est pas un creuset d'unification, mais plutôt une arène où doivent s'affronter tous les États du monde. En ce sens, la mondialisation n'est que la forme moderne de la guerre. Une guerre qui n'est plus militaire mais qui devient migratoire et économique. Si la troisième guerre mondiale a été la guerre froide, la quatrième est indéniablement la guerre économique doublée d'une offensive migratoire. Car il s'agit bien d'une vraie guerre où tous les coups sont pratiqués. Une guerre avec des vainqueurs et des vaincus, une guerre avec des morts et des blessés. Une guerre où il faut se défendre et attaquer. Une guerre qui a cependant cette singularité de ne pas voir s'affronter deux camps mais plusieurs blocs. Une guerre qui est celle du choc des civilisations.

Ainsi en ce début du XXIe siècle, les civilisations sont devenues les nouveaux vecteurs de l'histoire et de la politique. Si les siècles passés ont vu s'affronter les nations, le siècle qui s'ouvre va voir se mesurer les civilisations. Et ce changement d'échelle, qui correspond à une mutation d'envergure, constitue une rupture majeure avec des siècles d'histoire et de politique et représente pour les Européens un véritable défi. Un défi d'autant plus important qu'ils sont pratiquement les seuls à devoir le relever.

Car, c'est là, la grande singularité de notre époque, l'Europe est la seule civilisation à devoir s'adapter au choc des civilisations. Les autres y sont déjà prêtes. Car les autres civilisations, en tout cas les principales, sont déjà érigées en État et disposent donc dés aujourd'hui de la puissance politique. C'est le cas de la Chine qui l'est depuis des siècles, c'est également le cas du Japon et de l'Inde. Et bien sûr c'est aussi le cas des États-Unis d'Amérique. Certes ce n'est pas vrai pour le monde islamique qui incarne une réalité civilisationnelle majeure et qui se trouve éclatée en une myriade de nations, d'États et de communautés. Mais cet éparpillement n'est sans doute pas une faiblesse majeure pour le monde musulman qui connaît par ailleurs une très forte solidarité religieuse de par la nature même de l'islam pour qui l'Uma, la communauté des croyants, prime largement sur les autres réalités politiques.

L'Europe se trouve donc une fois de plus dans une situation originale. La diversité de ses peuples, de ses États et de ses nations, qui a sans doute fait sa force et sa richesse dans le passé, la place aujourd'hui dans la situation d'être la seule civilisation à ne pas avoir d'expression politique véritable. Certes, il y a l'Union européenne, mais celle-ci ne répond nullement aux exigences de la situation puisque cette Europe bruxelloise méprise et ignore les deux impératifs essentiels que sont l'identité et la puissance.

L'Europe est donc à la croisée des chemins. Le projet bruxellois ne répond en rien aux exigences du monde d'aujourd'hui, il ne permet pas de relever le défi de la guerre économique mondiale ni celui du choc des civilisations. À l'inverse, le refus pur et simple de toutes prise en compte de la dimension européenne conduirait également à une impasse car ce serait ignorer la nouvelle réalité du monde d'aujourd'hui. Il faut donc ouvrir une voie nouvelle.

Depuis des siècles la nation a constitué l'acteur privilégié du politique pour écrire l'histoire et peser dans le monde. Aujourd'hui la nation connaît une crise. Pour défendre notre identité, retrouver la puissance, peser dans le monde et rester dans l'histoire il faut faire entrer notre civilisation dans le champ du politique. C'est notre civilisation européenne qui constitue l'essence de notre identité, c'est elle qui dispose des instruments de la puissance et c'est donc à son niveau qu'il faut retrouver les moyens du politique.

Et, s'il ne faut bien sûr pas abandonner les nations qui demeurent une réalité majeure, une richesse incommensurable, il faut donner à notre civilisation une dimension politique pour la hisser au niveau des autres et nous permettre d'assurer notre avenir dans le monde et dans l'histoire. En ce sens, pour l'Europe, la civilisation est devenue le nouvel enjeu autour duquel nous devons renouer avec ces deux impératifs essentiels que sont l'identité et la puissance.

Pour l'identité c'est simple puisque c'est une réalité évidente et multimillénaire. Il importe seulement d'en reprendre conscience. Il faut que les peuples européens réalisent pleinement qu'ils appartiennent à une grande civilisation et qu'ils en soient fiers. Car il y a, bien au-delà des différences nationales, une commune civilisation des peuples européens qui est unique et exemplaire.

Il y a d'abord cette haute conception de l'homme si caractéristique de l'Europe qui fait de l'homme européen une personnalité à part entière, dotée de la liberté. Il maîtrise son destin, il n'est pas prédéterminé ou simplement soumis à une communauté dont il ne serait que l'un des rouages. La liberté et le respect de la personne sont à la base de notre civilisation.

Il y a aussi ces qualités prométhéennes de curiosité et d'insatisfaction qui ont poussé les Européens à découvrir la terre entière et à donner à l'humanité l'essentiel de ses connaissances. Ces qualités de dépassement de soi face aux défis et d'humilité face aux réalités. Cet esprit critique qui analyse et refuse les tabous et cet esprit positif qui réalise des synthèses et rejette la fatalité.

Il y a enfin cet esprit d'équilibre et de mesure que l'on retrouve dans toutes les réalisations européennes, qu'elles soient architecturales juridiques ou politiques. Ce sens de l'harmonie qui conduit à l'art et au sacré et qui va de pair avec la diversité. Une diversité qui fait de notre civilisation européenne la seule à avoir su s'exprimer dans des cultures aussi différentes et aussi riches que celles des nombreuses nations qui constituent notre continent.

Et comment ne pas avoir, au-delà de toutes les qualités propres à l'esprit européen, la grandeur et la beauté de la civilisation qu'il a constituée. Une civilisation marquée par des artistes et des penseurs, des généraux et des savants, des rois et des papes. Tous apparemment si différents mais tous si profondément européens et en même temps si universels.

Aussi est-il temps de reprendre conscience de cette extraordinaire réalité et d'en concevoir une profonde fierté. Il est temps d'en finir avec la culpabilité larvée, avec les repentances permanentes. Disons-le clairement, nous pouvons être fiers de notre civilisation et fiers de ce que nos ancêtres ont accompli. Certes, tout n'a pas été glorieux, mais l'Europe n'a pas commis plus de méfaits que d'autres civilisations et les autres n'en n'ont pas commis moins que l'Europe. C'est pourquoi il est temps de tourner la page des repentances, de laisser dans l'ombre les heures sombres et de faire maintenant le travail de mémoire sur les heures les plus belles et les plus éclatantes de l'histoire de notre civilisation.

Il est temps aussi d'en préserver les fondements. Car ceux-ci, qu'ils soient religieux ou populaires, sont gravement menacés par la poussée migratoire et le processus d'islamisation. Or, soyons claire, une civilisation est portée par une religion et incarnée par une famille de peuples. Si l'une ou l'autre de ces deux supports vient à disparaître, la civilisation s'effondre. Peut-on imaginer la survie de la civilisation indienne si demain l'Inde se trouvait peuplée d'Africains ? Et peut-on croire à la survie de la civilisation chinoise, si tous les Chinois devenaient musulmans ? Il en va de même de l'Europe. Si demain notre continent était peuplé majoritairement d'Africains, si demain la religion principale de l'Europe devenait l'islam, l'Europe ne serait plus l'Europe et notre civilisation cesserait d'exister.

Voilà pourquoi il est indispensable de mettre un terme au processus migratoire et de s'opposer avec vigueur à celui de l'islamisation. Nous ne voulons pas que notre civilisation soit colonisée.

Voilà pourquoi nous ne devons pas oublier nos racines gréco-latines, germaniques et celtiques qui ont façonné notre vue du monde. Voilà pourquoi, au-delà de toute considération religieuse, nous devons rester fidèles au christianisme qui a marqué notre civilisation durant près de quinze siècles. Il fait partie intégrante de notre identité et irrigue en profondeur notre être collectif comme l'a montré l'émotion ressentie partout en Europe par la mort du pape Jean-Paul II. Notre civilisation est donc bien au sens propre du terme européenne et chrétienne et elle doit le demeurer.

Enfin, il faut donner à notre civilisation la puissance politique. Et selon cette logique, l'entreprise de la construction européenne retrouve tout son sens. Actuellement, avec le projet bruxellois, elle n'en a aucun car les deux idées forces qui le sous-tendent sont les droits de l'homme et le mondialisme libéral. Or aucune de ces deux notions ne conduit à l'Europe et ne construit l'Europe.

Le moment est donc venu de refonder le projet de l'Europe sur les deux principes essentiels du politique : l'identité et la puissance. L'Europe ne doit plus s'occuper de tout et de n'importe quoi, elle ne doit plus chercher à organiser l'espace qui s'étend du Sahara à la Mésopotamie. L'Europe doit se consacrer à la défense de son identité et à la construction de sa puissance.

La nouvelle union à créer doit dès lors se fonder sur la civilisation européenne. C'est cette réalité immémoriale qui doit définir la nature et les limites de l'Union. Elle ne doit par ailleurs poursuivre qu'un seul but : donner la puissance à notre civilisation. Et dans cette perspective les objectifs sont limités mais essentiels : il faut à l'Europe la puissance démographique, scientifique, industrielle, monétaire et militaire.

Aussi est-il essentiel de dire "non" à la constitution. Car cette constitution ne fonde en rien l'Europe nouvelle dont nous avons besoin pour réenraciner notre civilisation dans son identité et lui redonner la puissance nécessaire pour peser politiquement à l'échelle du monde. Ainsi cette constitution bureaucratique et totalitaire, qui ne poursuit que le libéralisme économique et le rejet des exclusions, est-elle faite pour accueillir la Turquie dans l'Union et ne conduit nullement à donner à notre civilisation l'expression politique qui lui manque en ce début du XXIème siècle. Aussi le "non" doit-il être fondateur d'un renouveau de l'Europe. Un renouveau qui peut ériger l'Europe en grande puissance enracinée dans son identité. Pourquoi pas la première puissance mondiale ?

Voilà ! Le monde connaît une mutation majeure. Le choc des civilisations et la guerre économique mondiale créent une compétition entre quelques grands blocs à l'échelle de la planète. Pour faire face à cette nouvelle donne internationale l'Europe doit surmonter le handicap d'une organisation politique qui ignore notre civilisation quand la plupart des autres grands pôles disposent déjà d'un État pour donner la puissance politique à leur civilisation.

L'Europe, qui porte la plus belle des civilisations que notre monde ait connue, doit relever ce défi et s'ériger en grande puissance.

Aujourd'hui, la question principale n'est plus celle de la survie de la France en tant que nation. Car la France ne survivra pas si la civilisation européenne disparaît. La question majeure est donc désormais celle de la survie politique de notre civilisation européenne et chrétienne. Et pour qu'elle connaisse un renouveau il suffit qu'elle retrouve sa fierté et qu'elle se dote de la puissance.

Notre combat est maintenant autant civilisationnel que national, autant européen que français. Mais plus que jamais il est fondé sur la nécessité de sauvegarder notre identité et de retrouver la puissance.

Bruno MEGRET dans le trombinoscope
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