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DISCOURS
Paris Bercy - 12/02/05 - Discours de Yves DUPONT
Le rayonnement scientifique
Intervention au colloque "L'Europe, première puissance ?"

La prééminence scientifique de l'Europe

Cela semble être un lieu commun de dire que la puissance européenne s'est bâtie sur le développement industriel, lui même assis sur le formidable essor des sciences et des techniques. Toute l'aventure industrielle du XIXe siècle repose sur les formidables avancées en électromagnétisme et en thermodynamique auxquelles sont associés les noms de grands savants pour la plupart européens, à l'exception de quelques Américains. Ampère, Carnot, Faraday, Maxwell, Hertz, Lorentz et tant d'autres sont à l'origine de ces progrès exceptionnels.

Est-ce encore le cas ? On pourrait penser que cette prééminence s'est estompée et que maintenant l'Europe n'a plus de rôle prépondérant en matière scientifique. Certes la science s'est, elle aussi, mondialisée et l'Europe risque de voir sa puissance industrielle disparaître peu à peu.

Les Européens conservent la maîtrise de la science fondamentale
Il faut insister sur ce point : les Européens gardent encore une large part des découvertes fondamentales. On peut s'en convaincre d'un point de vue comptable. Trois Français ont été lauréats du prix Nobel de physique dans la dernière décennie et on compte sur les doigts de la main les prix Nobel qui ne sont ni européens ni américains d'origine européenne. Moins connue mais encore plus fondamentale, la médaille Fields est le prix Nobel des maths. Sur 44 médaillés on compte 14 Américains, 8 Français, 7 Anglais, 5 Russes, 2 Belges, 2 Japonais ; l'Allemagne, la Finlande, l'Italie, la Suède, la Norvège et l'Ukraine ont chacune un médaillé.

Et c'est essentiel pour le développement technique et industriel. Sait-on que ce sont des travaux de mathématiques pures développés en France dans les années 80 qui sont à l'origine des compressions d'images numériques et partant du traitement informatique de ces images ? Sait-on que c'est un théorème de maths trouvé en 1988 par une Belge aujourd'hui américaine qui est à l'origine du téléphone portable ? Sait-on que le pont de Normandie n'aurait pu être construit sans les développements mathématiques conduits en France ? La maîtrise des sciences fondamentales gouverne celle des techniques.

Contrairement aux apparences, cette tendance va se renforcer. Ce qui est perçu par le grand public à travers le développement scientifique, c'est une technicité extrême. Et en la matière, d'autres continents - on pense à l'Asie - concurrencent largement l'Europe. Mais peu de gens savent que derrière toute avancée technique, il y a des avancées fondamentales considérables.

Prenons le domaine de l'imagerie médicale. Chacun s'émerveille devant la technicité d'un scanner ou d'un appareil à RMN qui ne sont généralement pas fabriqués en France. Mais ces machines n'auraient jamais pu être construites sans des progrès spectaculaires en maths, pour le traitement dynamique des images, ou en physique pour la maîtrise des principes. C'est d'ailleurs un physicien anglais qui fut lauréat du prix Nobel de médecine 2003 pour l'imagerie RMN...

De plus en plus de progrès en médecine seront liés à des développements conceptuels en mathématiques. Des maladies génétiques sont ainsi identifiées et comprises par des traitements numériques sophistiqués sur le codage du génome.

De même les progrès de l'informatique sont liés à ceux de l'électronique qui eux-mêmes dépendent de la physique fondamentale. C'est un Français, M. Fer, dernière médaille d'or du CNRS, pur physicien fondamental, qui est à l'origine de la '' spintronique '', révolution aussi importante que l'invention du transistor.

Sans les Européens, aucune des techniques qui structurent notre quotidien n'aurait vu le jour. Plus la technique se développe, plus elle est tributaire des aspects fondamentaux. Et en la matière l'Europe doit jouer le rôle de premier plan.

La culture européenne, matrice de la culture scientifique

A partir de là une question se pose. L'Europe a-t-elle des dispositions particulières pour jouer ce rôle ? C'est une vraie question car si toutes les civilisations avaient les mêmes capacités, déployées à des moments variés de l'Histoire, on pourrait imaginer que d'autres prennent le relais des Européens. Or, ce n'est pas la tendance observée et il y a à cela des raisons essentielles.

La Grèce et l'abstraction
En premier lieu la science est née en Europe, aux débuts de notre civilisation, dans le monde grec. Certains rétorqueront que d'autres civilisations antiques ont connu un développement scientifique important, en Chine, en Egypte où l'on avait accumulé de nombreuses connaissances médicales ou astronomiques par exemple.

Certes, mais il y a une différence fondamentale qui structure la suite. La science grecque est d'abord une science conceptuelle. C'est la philosophie qui est à l'origine de la science grecque et tout d'abord un mode de raisonnement qui exclut la contradiction entre un possible et son contraire. C'est en Grèce qu'ont éclos les mathématiques actuelles à tel point que l'on utilise toujours les principes d'Euclide, le théorème de Pythagore ou celui de Thalès. C'est la science de l'abstraction, c'est la science des concepts. Et c'est bien cela qui est difficile en science : élaborer des concepts et les appliquer à des réalités tangibles.

Quand Archimède énonce son fameux principe, il ne se contente pas de rapporter une observation : il la quantifie, c'est à dire qu'il associe des grandeurs abstraites à des effets observables. Observer, classifier constituent un préambule à l'activité scientifique, nécessaire mais pas suffisant. Tycho Brahe avait recueilli des milliers d'observations astronomiques mais c'est bien Kepler qui a réalisé un grand progrès en en tirant trois lois quantitatives se référant à des concepts. D'autres civilisation ont accumulé des connaissances sur tel ou tel point, mais c'est en Europe que fut principalement construit un outil scientifique conceptuel.

Et c'est justement sur ce terreau que la science moderne a pris son essor, bien des siècles plus tard mais toujours en Europe. La physique est née lorsque Newton a associé des grandeurs abstraites, conceptuelles, à des phénomènes physiques ; lorsqu'il a pu décrire par la même équation des phénomènes apparemment radicalement différents comme la chute d'une pomme ou le mouvement de la lune autour de la terre. Le mouvement qui conduit des observations à l'abstraction touche tôt ou tard toutes les sciences. La biologie était encore très largement descriptive il y a un siècle ; elle a découvert un univers de mécanismes fondamentaux à la fin du XXe siècle et notre début de siècle sera sans doute marqué par la mathématisation et l'abstraction de la biologie.

Le facteur religieux
C'est un autre facteur déterminant, constitutif lui aussi de la civilisation européenne. Il est évident que les religions qui divinisent la Nature sont des freins considérables au développement scientifique. Comment donc oser comprendre le fonctionnement de ce qui relève du divin ? Comment envisager de trouver des lois évolutives alors que le cosmos divinisé est figé dans le temps ? Le christianisme est radicalement différent, puisque l'étude des merveilles de la Création participe à l'apologie de celle-ci.

Contrairement à ce qui nous est asséné, le christianisme a toujours favorisé le développement des sciences. L'un des grands Docteurs de l'Eglise, Saint Thomas d'Aquin a d'ailleurs repris la méthode expérimentale - c'est à dire scientifique - d'Aristote. Et l'on peut citer de nombreux ecclésiastiques ou philosophes chrétiens scientifiques au premier rang desquels se trouvent Pascal ou l'Abbé Nollet. Ajoutons à cela que la civilisation chrétienne est authentiquement une civilisation du progrès qui appelle naturellement au progrès des sciences et des techniques.

Une prédisposition à la science
Aujourd'hui, à l'heure d'Internet, alors que les civilisations tendent à se mélanger et les modes de vie à s'uniformiser, l'avantage comparatif de l'Europe est sans doute beaucoup moins net que par le passé. C'est peut-être vrai mais il reste un avantage décisif lié au fait que les Européens sont les héritiers de la civilisation qui a produit le développement scientifique mondial.

Quel est le principal élément qui véhicule tout le contenu civilisationnel ? La langue, les langages. Il y a une interaction d'évidence entre le langage, l'écriture, les mode de raisonnement et les concepts abstraits. Or tous les concepts scientifiques sont issus des langages européens. Le langage qui façonne l'intelligence est donc naturellement adapté à l'activité scientifique telle qu'elle s'exprime. C'est en ce sens, et c'est fondamental, que la science est par nature liée à l'esprit européen.

Un concept, s'il exprime une approche de la réalité, est avant tout un produit du langage. C'est toujours saisissant d'entendre des scientifiques du bout du monde raisonner avec des entités qui sont de purs produits de l'esprit européen et s'exprimer avec les mots du langage européen scientifique.

Il ne fait pas de doute que si la science s'était développée dans le monde taoïste, des idées comme l'énergie, l'action, les forces, la causalité, le déterminisme seraient abordées et sans doute conçues d'une tout autre façon. Essayez d'imaginer notre embarras si nous avions à raisonner avec des notions sans équivalent dans notre langue ! Cela signifie que les langages européens, la culture européenne nous prédisposent à l'activité scientifique telle qu'elle s'est construite.

De la même façon une écriture utilisant un alphabet se révèle être un avantage décisif pour la formation de l'esprit d'analyse et d'invention. Ce n'est évidemment pas un hasard que l'informatique qui est un langage construit sur un alphabet binaire soit née dans le monde européen. Une civilisation n'est pas la juxtaposition de briques indépendantes. Elle forme un tout : la langue, la philosophie, la science et l'art sont en osmose et évoluent par interactions réciproques. Même l'art. L'art européen est très tôt figuratif et représente des scènes naturelles. Ce n'est pas le cas de toutes les civilisations. Et c'est justement en Europe que l'art est aussi devenu scientifique par l'observation et la représentation d'espèces animales ou végétales . Essayez d'imaginer l'effort que doit fournir un étudiant issu d'une civilisation à l'art figuratif peu développé pour bien comprendre les représentations graphiques de cellules, de tissus vivants ou encore de phénomènes plus abstraits.

Naturellement imprégnés de l'esprit cartésien et des modes de raisonnement déductif, les jeunes Européens sont les héritiers de la culture matrice de l'esprit scientifique ; ils ont un avantage comparatif écrasant par rapport aux autres peuples. Ce sont bien les Européens qui, pour longtemps encore, vont conserver la maîtrise des avancées scientifiques fondamentales.

Quelle politique scientifique pour l'Europe ?

Les Européens ou l'Europe ? C'est sans doute la vraie question politique. Nous sommes convaincus que la véritable richesse européenne est sa capacité à mener la science mondiale. Encore faut il s'en donner les moyens... Or depuis une vingtaine d'années la situation tend à devenir alarmante.

- En premier lieu, en matière d'enseignement des sciences. Le mathématicien français, Laurent Lafforgue, médaille Fields, lançait récemment un cri d'alarme dans le Figaro : '' On assiste à un naufrage ''. Tous les indicateurs de niveau - de la 6e à Polytechnique, en passant par le bac, les licences et l'agrégation - sont catastrophiques ! Il faudrait tout un colloque pour dépeindre l'entreprise subversive d'assassinat de la culture scientifique en France et, malheureusement, ce phénomène a tendance à toucher toute l'Europe.

- A cela s'ajoute une désaffection des jeune Européens pour les études scientifiques, désaffection à mettre sur le compte du relativisme ambiant et du mirage de l'eldorado du commerce.

- Mais encore plus grave est la fuite des chercheurs européens vers le continent américain. Nous l'avons dit : la plupart des grands scientifiques américains sont d'origine européenne et souvent d'origine récente. Ce sont les Européens qui assurent les succès scientifiques américains.

Il faut que l'Europe prenne la mesure de son avantage incomparable en matière scientifique. La recherche européenne doit devenir une réalité. Il est tout de même invraisemblable que l'Union européenne n'ait traité les coopérations scientifiques et techniques qu'à la marge . Il est temps que les instances européennes s'impliquent dans la promotion de la recherche scientifique européenne. Cela passe par le renforcement des coopérations, la création de pôles européens universitaires de recherche et aussi par une modification radicale du statut des chercheurs qui permettrait de récompenser à leur juste valeur les talents tentés de quitter le vieux continent. Soyons certains que notre continent possède un atout consubstantiel à sa civilisation. A nous de proposer les formes politiques qui permettront sa mise en valeur pour faire rayonner notre Europe.

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