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DISCOURS
Paris Bercy - 12/02/05 - Discours de Viviane DEUXPSEUD
Qu'est-ce que l'Europe ?
Intervention au colloque "L'Europe, première puissance ?"

De la précision de la réponse dépendent la pertinence et la validité des chapitres suivants... L'Europe est une réalité qui n'a pas à '' se construire '' : c'est une réalité géographique, une réalité humaine tant anthropologique qu'historique, une réalité civilisationnelle.

Une réalité géographique

Paul Valéry appelait l'Europe ce '' petit cap du continent asiatique '' ; pourtant personne n'a jamais parlé d'un '' sous-continent '' européen ! La sémantique nous donne d'emblée une indication de première importance sur la réalité continentale de l'Europe.

L'Europe est au centre géographique des terres émergées et a accès à toutes les mers du monde.
Séparée de l'Asie par le détroit du Bosphore et de l'Afrique par le détroit de Gibraltar, le continent est bordé à l'ouest par l'océan Atlantique et au nord par l'océan Arctique. La mer Méditerranée le délimite au sud. A l'est les limites terrestres sont plus floues car elles ne sont pas marquées par des reliefs naturels remarquables. Une vision traditionnelle (en fait, celle des cartographes du tsar Pierre le Grand au XVIIIe siècle) cite les monts de l'Oural et du Caucase comme frontière naturelle . Des îles (la Crète, Malte, Madère, les Canaries) sont également des territoires européens en raison de leur peuplement et leur culture. L'Europe représente une superficie de quelque 10 millions de km2, ce qui en fait un territoire relativement restreint : il représente le tiers de l'Afrique ou le quart de l'Amérique.

Il faut souligner la morphologie singulière de ce continent caractérisée par un littoral très découpé et très long. On compte 1 km de littoral pour 260 km2 de terre. Ce rapport est quatre fois plus élevé qu'en Afrique. Aucun point du territoire n'est à plus de 700 km d'une côte ! Or les cours d'eau et les mers sont des facteurs de développement intrinsèque, leur exploitation nécessitant l'acquisition de savoirs et de techniques qui restent longtemps superflus pour les sociétés terrestres. L'omniprésence de la mer contribue d'autre part à tempérer le climat du continent, réchauffé en outre sur sa façade atlantique par le courant du Gulf Sream. De fait, la majeure partie du continent est situé sous des latitudes tempérées.

Influence du relief : naissance des nations et développement des sociétés
Il est important de se remémorer les caractéristiques physiques de l'Europe car pour faire une civilisation, l'oeuvre des hommes doit évidemment s'accommoder de l'état de la nature.

De l'hydrographie comme source d'enrichissement culturel... la civilisation grecque - zone d'Europe où l'eau et la terre sont le plus étroitement imbriquées - témoigne de l'origine maritime du développement intellectuel et socioéconomique, les Grecs étant d'ailleurs les héritiers d'une autre civilisation maritime (la Crète qui se distingue 5 000 ans avant JC).

C'est un territoire relativement restreint, quadrillé par des cours d'eau et des montagnes qui délimitent naturellement des '' pays ''. Le cloisonnement du relief a délimité des zones de peuplement naturel, berceaux de nations qui développèrent toutes les possibilités que leur donnaient les reliefs naturels. Ainsi le milieu géophysique participe à la structuration sociale et politique des populations. Les mers, le dessin des fleuves, les barrières naturelles, la qualité des sols influencent les peuples et leurs dirigeants : la mer et la relative pauvreté des sols ont poussé les Italiens, les Espagnols, les Hollandais vers les lointains ; la richesse de leurs sols et la diversité de leur climat permettaient aux Français de rester chez eux (tant que l'agriculture et l'élevage constituaient les principales richesses) tandis que l'insularité de la Grande Bretagne a largement contribué au particularisme de ses habitants et concouru à leur rapide évolution politique.

Une réalité humaine

Peuples frères
Ce cadre géographique est peuplé. Il est peuplé depuis fort longtemps puisque l'homme de Cro-Magnon, dont les Européens sont les descendants, apparut il y a 40 000 ans environ.

A l'époque de la dernière grande glaciation (glaciation wurmienne de - 100 000 à - 12 000 ) le monde habitable était plus compartimenté et l'extension des glaciers isolait d'une manière particulièrement étanche les trois secteurs de l'écoumène de l'hémisphère Nord : le secteur chinois, le secteur européen et le secteur indien. Ce cloisonnement en trois niches écologiques quasi hermétiques a permis l'évolution divergente de types physiques différenciés dans chacune d'elle, et notamment celui des '' Ouest hominiens '', peuples leucodermes (peau blanche, cheveux ondulés, nez étroit) qui se répandirent en Europe.

Depuis la nuit de temps cette unité anthropologique a créé une profonde parenté des formes sociales et des mythes, qui se traduit par une succession de cultures originales et novatrices depuis la civilisation magdalénienne de Lascaux (15 000 ans avant JC) jusqu'à la civilisation mégalithique des bords de l'Atlantique du cinquième millénaire avant notre ère (les dolmens, les plus vieux monuments de pierre du monde).

Cette unité anthropologique se retrouve au niveau linguistique : les quelque quarante langues parlées en Europe sont quasiment toutes indo-européennes (à l'exception du basque et de quelques langues comme le finnois et le hongrois d'origine plus récente)
Il convient de noter que la plupart des migrants installés en Europe de nos jours répugnent - en dépit de leur nationalité anglaise, française ou allemande - à ne plus s'envisager comme Africains ou Asiatiques, preuve qu'eux-mêmes pensent le concept européen sous son angle ethnique...

Ces peuples frères vivant sur des territoires bien définis ont vécu ensemble une histoire commune depuis l'origine.

Une réalité civilisationnelle

Une histoire commune
L'Empire romain s'étendait sur trois zones hétéroclites : le Moyen Orient, l'Afrique et l'Occident. C'est évidemment de cette troisième zone, qui incluait à peine la moitié du continent, que provient l'Europe.

Après la chute de l'Empire romain d'Occident (395-455), des peuples envahisseurs s'installèrent à l'intérieur de frontières naturelles dans des niches de peuplement qui préfigurent les États futurs.

La première figure européenne est bien sûr celle de l'Empire carolingien, qui est toujours d'ailleurs le '' noyau dur '' de l'Europe. Sous Charlemagne, l'Europe a déplacé son centre de gravité vers le nord : la péninsule ibérique est sous domination arabe mais le regnum francorum s'est avancé vers l'est et le nord. Le basculement du centre de gravité de l'Europe, de la Méditerranée vers le territoire situé entre la Seine, le Rhin et la Tamise est définitif.

A la mort de Charlemagne, l'unité religieuse du regnum francorum est faite, l'hérésie arienne ayant été éradiquée.
L'Europe comme civilisation a d'abord été définie par le christianisme, du moins dans sa version latine. Et comme l'affirme le Pr Besançon le '' marqueur '' principal de l'appartenance à l'Europe a d'abord été le catholicisme romain. La querelle théologique dite du filioque a abouti au '' Grand Schisme '' qui a fixé une frontière religieuse qui ne s'estompera jamais : à l'ouest le patriarcat de l'Evêque de Rome, à l'est une chrétienté byzantine figée, soumise pour toujours au pouvoir de l'Empereur.

A la fin du Moyen Age les frontières de l'Europe sont encore religieuse (à l'est l'orthodoxie, au sud-est l'empire Ottoman qui a conquis l'empire byzantin et occupe les Balkans, au sud, la Méditerranée est toujours disputée même si la Reconquista vient de se terminer).

La Reconquista : les souverains catholiques s'arrêtent à Grenade. Pourquoi ? Parce que la reconquête est terminée, pensez-vous. Mais la reconquête de quoi ? Pas de l'empire romain ni de ses territoires occupés par les Arabes, pas plus que des terres qui furent chrétiennes avant de passer à l'islam. Mais juste la reconquête de l'Europe. Quand tombe Grenade, les souverains catholiques stoppent. Ils s'arrêtent à l'Europe. On trouve là une preuve magistrale de la conscience territoriale continentale des Européens.

Mais les limites ne sont plus seulement religieuses : une frontière de civilisation est apparue. A l'intérieur se produisent des changements qui ne se produisent nulle part ailleurs. D'abord des changements techniques et matériels qui vont des techniques de labour dans les plaines humides jusqu'aux inventions métallurgiques et aux techniques architecturales : on ne peut tous les citer, mais ils permettent à l'Europe de se remplir alors que l'Afrique ou la Russie font encore figure de déserts humains.

Mais surtout des institutions que l'on peut qualifier de paneuropéennes se créent et prospèrent sur tout le territoire, parallèlement à l'émergence d'une mentalité européenne spécifique :

La féodalité : pour garantir la stabilité de leurs sociétés les Européens inventent un système original, la société féodale qui repose sur le contrat vassalique. Le vassal se met au service du suzerain et celui-ci en échange lui concède les moyens de son service. C'est une organisation d'hommes libres, liés entre eux par des obligations mutuelles garanties par serment. Ce système n'existe nulle part ailleurs , ni en Chine, ni en Russie, ni en Inde, ni dans les pays musulmans. Il permet l'existence d'une noblesse consciente de ses obligations morales, de ses responsabilités, de sa liberté. Du système féodal sortiront en trois siècles des principautés et des royaumes. Le système féodal a sauvé l'aristocratie (physiquement anéantie dans d'autres aires culturelles comparables, en Chine ou en Inde, par l'établissement d'une autorité impériale) et d'une certaine manière la paysannerie aussi en sortit fortifiée en raison du lien qui s'était créé entre les agriculteurs et leurs seigneurs.

La langue latine : outil de communication sans pareil qui non seulement a permis la transmission des Lettres antiques mais aussi la mise en commun de la pensée et la constitution d'un réseau d'universités qui s'étend sur toute l'Europe, de Bologne et Paris jusqu'à Oxford et Cologne puis vers l'Est tchèque, hongrois, polonais. Ces grandes écoles sont des lieux de rencontre à l'échelle du continent et tout au long du Moyen Age les manuscrits et les maîtres ne cessent de voyager d'un bout à l'autre de l'Europe.

L'architecture gothique : l'unité européenne s'exprime d'une façon flagrante dans le domaine artistique, et notamment dans l'architecture. On peut tracer une ligne frontière qui va de la Finlande à la Slovénie en passant par les pays baltes, la Pologne, la Hongrie et la Croatie en reliant les dernières églises gothiques. Au delà règnent l'art byzantin et l'art musulman...

Le conflit permanent qui oppose le pouvoir politique à l'Eglise de Rome : c'est une autre spécificité de l'Europe. L'Eglise faillit bien à plusieurs reprises être digérée par les grands féodaux mais elle réussit à s'émanciper en instaurant son autonomie totale. De là découle une caractéristique essentielle : ladite Eglise, qui ne pouvait plus compter sur le Pouvoir politique pour sauvegarder son unité transnationale, dut s'en charger elle-même et elle consacra une énergie très importante à la sauvegarde de sa doctrine ; de là certes de nombreux déchirements mais essentiellement une vitalité intellectuelle intense qui aboutit finalement à la naissance du protestantisme et à l'évolution décisive du catholicisme.

Les idées circulent : c'est un véritable réseau international qui s'est installé en Europe depuis le début du XVe siècle avec le retour entre 1420 et 1450 en Italie du fonds grec rapporté de Byzance ; il s'élargit progressivement à la France, à l'Angleterre, au Saint Empire germanique, aux Pays Bas, à l'Espagne, la Scandinavie, la Bohême, la Hongrie, la Pologne au XVIe siècle.

L'apparition des sciences galiléennes et newtoniennes, indépendantes de la philosophie et de la religion, marquent un tournant majeur. Descartes, Copernic, Newton, Leibniz conçoivent la physique nouvelle et de grands mathématiciens italiens, allemands, français réunissent les conditions de ce qui sera les '' Lumières ''.
Les '' icônes '' européennes : Descartes est appelé par la reine Christine de Suède. Voltaire conseille Frédéric II et Diderot la tzarine Catherine. Mozart figure emblématique, né à Salzbourg, joue à Munich, Vienne, Bruxelles, Paris, Londres, Amsterdam, Genève, puis en Italie à tel point qu'on ne sait plus quelle nationalité lui donner.

La Révolution industrielle du XIXe siècle assure le décollage définitif des nations européennes qui associent la puissance et la prospérité partagée. L'écart est creusé pour toujours entre les peuples européens - producteurs d'idées, de richesses, de puissance - et les autres, qui en conçurent d'abord de l'admiration puis, mais c'est une autre histoire, frustration, hostilité puis révolte.

La mentalité européenne
De 1408 à 1433 la Chine lance six expéditions d'une soixantaine de jonques géantes qui portent de 20 à 30 000 hommes. Ces jonques visitent les côtes de l'Inde, l'Arabie, l'Afrique orientale mais la mort de l'amiral qui les dirigeait met un terme définitif à ces expéditions : la Chine ne s'occupera plus jamais de ces zones, sa curiosité étant satisfaite. Exactement au même moment, le prince portugais Henri le Navigateur lance ses équipes de savants et de marins explorer méthodiquement les côtes d'Afrique occidentale jusqu'à la Sierra Léone. Les expéditions continueront systématiquement, même après sa mort et en 1522 le premier tour du monde est bouclé par la flotte de Magellan. Les jonques ne sont jamais arrivées en Occident mais les caravelles ont navigué sur toutes les mers. La technique nautique n'est pas la seule raison ; il faut la chercher dans les mentalités européennes.

Les Européens comprirent les premiers que le monde pouvait être transformé au profit de l'homme et que cette tâche était à leur portée. Partant d'un sens très concret de l'observation, l'esprit européen s'oriente vers la résolution des problèmes pratiques. De là, on passe à une volonté d'appréhension homogène et logique du monde, qui associée à une tendance à la théorisation et à la rationalisation donne naissance un véritable esprit scientifique.

L'esprit des Européens se caractérise par l'esprit d'innovation. L'Europe explore à fond toutes les potentialités de son propre génie d'invention et des inventions des autres civilisations qu'elle valorise au maximum.

Naturellement les traditions, les autorités sont mises en cause et la contestation permanente est le propre des Européens. Après les paysans, les intellectuels, puis les bourgeois et les ouvriers, demanderont plus de liberté : communes contre féodaux, concile contre Papauté, Réforme contre l'Eglise, démocratie contre les privilèges du sang, socialisme contre les privilèges de l'argent. Il s'agit de la manifestation constante du droit d'affirmer sa propre pensée, du droit de dire non et d'entrer en dissidence.

La libération de l'individu dégage en Europe une énergie énorme qui entraîne les Européens dans un mouvement perpétuel d'innovation et de création amenant l'évolution ininterrompue de leurs sociétés. On a pu parler de l'insatisfaction créatrice de l'Européen ; on souligne parfois son aptitude à la révolution (au sens de mutation radicale de la société) toujours encadrée par des intellectuels.

Les bornes de la civilisation européenne

Après avoir dit ce qu'est l'Europe, disons pour mémoire ce qu'elle n'est pas. La définition par la chrétienté est trop devenue trop étroite (il y a plus de chrétiens hors d'Europe qu'en Europe et il n'y a pas que des chrétiens en Europe) ; l'autre définition usuelle, celle d''' Occident '' est devenue trop large puisqu'elle intègre les USA, Israël, voire le Japon et quelques autres États qui ne sont pas européens.

Les États-Unis
Comme jadis Carthage contre Rome, les USA, ex-colonie de l'Europe, se retournent contre la mère patrie. Aujourd'hui l'impérialisme américain tend à faire de l'Européen une copie régionalisée du modèle original élaboré à New York et exporté par les GI's. L'objectif américain est de neutraliser l'Europe. Les USA constituent un partenaire de l'Europe d'autant plus difficile à cerner qu'il a le visage d'un allié et donc l'apparence d'un ami....
Plus près de nous, l'Europe est bordée par deux empires eurasiatiques : l'empire Ottoman, en régression depuis le XIXe siècle. L'autre, l'empire russe a connu une récente période d'expansion vers l'ouest (rideau de Fer). Ils semblent chacun rentrés dans leurs frontières naturelles...

La Turquie et l'empire Ottoman
Le monde turc a longtemps été la hantise à juste titre de l'Europe. Si la Turquie d'Europe a existé, elle n'existe plus ! Le choix fait en 1924 d'une nouvelle capitale, Ankara, en Asie, le confirme clairement. La force militaire et diplomatique de l'empire Ottoman explique qu'il a pu être l'allié de certains pays européens contre d'autres. Cela ne veut pas dire que la Turquie est un pays européen ; juste que c'est un pays qui a été confronté avec les pays européens, militairement ou diplomatiquement, et aussi commercialement et économiquement. C'est un voisin, partenaire ou ennemi selon les circonstances ; cela n'en fait pas un membre de la famille pour autant !

L'empire russe
Les trois quarts du territoire russe sont situés en Asie mais 80 % de la population russe vit en Europe et elle est constituée de slaves, peuple européen. Pourtant jusqu'au XVIIe siècle on ne plaçait pas la Russie en Europe.
C'est à partir du XVIIIe siècle, sous l'impulsion de tsars éclairés et grâce à la victoire sur Napoléon que la Russie devint une puissance européenne. Au début du XIXe siècle elle avait une vraie civilisation européenne notamment dans sa musique et sa littérature. Les emprunts constants faits à l'Europe la rendirent très proche sur le plan culturel mais elle resta une autocratie, profondément marquée par des siècles d'occupation mongole.

Aujourd'hui la chute de l'URSS autoriserait la réconciliation l'Histoire avec la géographie mais la Russie se pense elle même comme une puissance mondiale. Ce qui ajourne radicalement pour l'instant la question de l'intégration de la Russie à l'Union européenne. Pour conclure, gardons bien présente à l'esprit la formule de Drieu La Rochelle : '' Les Russes sont des Européens qui vivent sur un autre continent. ''

La spécificité européenne

Après avoir réfléchi à la question '' Qu'est ce que l'Europe ? '', nous répondons : un territoire, un peuplement homogène, une civilisation. Mais pour inscrire notre réflexion dans une démarche vraiment européenne, il faut aller '' Plus outre '' selon la belle devise de Charles Quint.

Quelle conclusion, quelle morale tirer de cette accumulation prodigieuse de faits historiques et culturels ? Quel enseignement en tirer qui soit réellement utile maintenant que d'autres puissances devenues crédibles entrent en rivalité réelle avec l'Europe et la menacent gravement, le '' choc des civilisations '' et les idéologies relativistes du renoncement n'en étant que les signes avant-coureurs...

S'il ne résidait que dans un seul principe, le secret de la réussite universelle européenne ne serait-il pas dans l'organisation socio-politique que les peuples européens sont les seuls à avoir mis en place au fil des siècles sur leur territoire ? A savoir un système '' oligopolaire '', constitué d'un nombre relativement restreint de '' polities '', c'est à dire des communautés historiques, organisées autour de valeurs communes, douées d'un système économique communautaire, et politiquement autonomes.

Au lendemain de la guerre de Cent Ans, les Européens ont consolidé ce système, d'abord basé sur des monarchies stables, puis sur des États Nations. Les États européens ont alors bénéficié d'une relative stabilité, pendant mille ans, d'abord garantie par le système dynastique puis par l'adoption de constitutions. Evidemment les crises de succession, les échecs politiques et militaires, les guerres n'ont pas épargné les Européens entre eux, mais ces conflits étaient aussi des stimulants, pour les populations comme pour les gouvernants soudés par les consciences nationales précoces et le patriotisme qui en découle naturellement. Tous les conflits sont précédés et suivis de périodes de rivalité constructive, chacun cherchant à exploiter au mieux ses atouts naturels, pour rentabiliser au maximum son espace. D'où un foisonnement ininterrompu d'intelligences. Par exemple, quand les protestants sont chassés de France, ils trouvent refuge en Allemagne.

Les conséquences les plus remarquables de ce système oligopolaire sont les suivantes :

- Installation de pouvoirs politiques '' tempérés ''. Les monarques européens, même les plus '' absolus '' ont toujours été bordés de contre-pouvoirs : l'aristocratie organisée en réseaux transnationaux, la paysannerie organisée en républiques locales, la bourgeoisie en cités urbaines. En effet, le système oligopolaire impose à chaque élément du système d'assurer la mobilisation de toutes les ressources au service de sa propre perpétuation ; il impose donc au monarque l'alliance avec les élites, elles-mêmes liées aux masses populaires. Et c'est pourquoi c'est en Europe et nulle part ailleurs au monde, que le développement de la puissance des Etats marcha de pair avec l'élévation constante du niveau de vie des populations en général.

- L'existence du système oligopolaire et sa pérennité suppose qu'aucune entité ne puisse l'emporter sur la coalition de toutes les autres. La stratégie dominante pour les chefs européens est donc le maintien ou le rétablissement de l'équilibre. D'où la création d'un droit international, qui est une exclusivité européenne aboutissant à la domestication de la guerre. Pour les Européens, l'objectif de la guerre n'est pas l'anéantissement de l'adversaire ni même sa conquête. L'échec rapide des aberrations napoléoniennes et hitlériennes en sont des illustrations frappantes. Citons rapidement quelques traits typiquement européens, inconcevables dans d'autres civilisations : la distinction nette entre la guerre et la paix, l'utilisation ciblée de la violence militaire, le recours à la diplomatie autant qu'à l'armée, l'extrême modération des traités de paix imposés aux vaincus. On a constaté au XXe siècle sur le sol européen même à quel point les guerres menées par des Américains ou des Orientaux - terrorisme, massacres des populations civiles, humiliations imposées aux vaincus sur plusieurs générations, manipulation de la vérité etc.... - étaient terrifiantes.

La conclusion s'impose d'elle-même : nous ne pouvons admettre que s'éteigne ce phare de l'humanité qu'a été l'Europe. Aujourd'hui c'est un territoire aux frontières méprisées, aux peuples mêlés, dont la civilisation est menacée par de nouveaux barbares, pour certains technologiquement et matériellement sur-équipés, pour d'autres insupportables d'archaïsme véhiculant une misère culturelle dont les Européens se sont extraits par 2000 ans d'efforts ininterrompus. Nous proposons une alternative au monde globalisé, qui deviendrait le théâtre anarchique du choc des civilisations, que nous imaginons avec effroi : l'affrontement ruineux entre l'islam et l'américanosphère, vidant dans le monde entier une querelle de primates. Pour cela il est vital que l'Europe retrouve sa puissance car elle seule sait combiner la liberté et l'égalité avec le progrès et la croissance.

Viviane DEUXPSEUD dans le trombinoscope
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